Saint Joseph charpentier
Georges de La Tour
Ce chef-d'œuvre n'a été redécouvert par un collectionneur, en Angleterre, qu'en 1938, et légué au Louvre en 1948.
Nous sommes à Nazareth. Il est tard, il fait déjà nuit. Joseph a un travail à terminer pour une commande urgente : il faut finir, pour livrer ce soir, ou demain matin à la première heure. Jésus, encore très jeune, 6 à 7 ans environ, aide son père en l'éclairant, et en protégeant la flamme de la grosse chandelle. Il le regarde faire avec confiance et admiration. Il est brillamment éclairé par la flamme : il est la Lumière du monde, Lumière née de la Lumière. Joseph est plus dans la pénombre, concentré sur son travail.
La Tour aime souligner ce paradoxe de l'enfance qui apporte la révélation à la vieillesse. Car c'était un vrai paradoxe au XVIIe siècle, où l'Enfant n'est pas adulé comme de nos jours, mais vu comme un être faible à protéger, un être incomplet qu'il faut instruire et éduquer. Il y avait une grande ferveur envers Jésus Enfant, le Verbe incarné qui s'est fait homme et a accepté de faire tous les apprentissages d'un jeune enfant : apprendre à marcher, à parler, à lire et écrire, à travailler... ce n'est que dans la religion chrétienne qu'un Dieu a travaillé.
La disponibilité de Joseph à la volonté de Dieu est marqué ici par son attitude humble et respectueuse. La Tour a représenté son amour du travail bien fait, qui devrait être celui de chacun d'entre nous, mais qui est plus évident dans le travail manuel et dans l'artisanat.
L'annonce de la Rédemption est présente avec la poutre en forme de croix que façonne Joseph.
On a appelé Joseph le grand silencieux de l'évangile : aucun peintre mieux que La Tour, le maître des nuits, ne sait rendre la densité du silence nocturne.
C'est au XVIIe siècle que commence la dévotion à saint Joseph. Il est peu connu que Louis XIV, lors de son accession au trône, lui a consacré le royaume. De nombreux tableaux, spécialement dans les ordres religieux, représente celui qui fut si proche de Jésus. Dans la peinture française, mais aussi espagnole (Zurbaran, Murillo), il est mis à l'honneur. Tout est parti de sainte Thérèse d'Avila, au XVIe siècle. Elle fut parmi les premiers à prendre conscience que personne, à part Marie, n'a mieux connu Jésus que Joseph. Et si donc nous voulons être des amis du Christ, il faut nous rapprocher de Joseph.
Georges de La Tour a peint là, vers 1645, un de ses plus parfaits clairs obscure. Les tons d'or, de châtaigne et de prune, très chauds, ne sont contrecarrés par aucune teinte froide. Tout l'accent est mis ainsi sur la charité qui régnait au sein de la Famille de Nazareth, et sur la foi lumineuse de Joseph. Notre tableau est contemporain des nocturnes à la flamme les plus célèbres de La Tour.
L'artiste lorrain a dépassé la cinquantaine et vient de rentrer dans sa ville de Lunéville, en ruines après l'atroce guerre de Lorraine, la peste, la famine et les massacres. La flamme dans la nuit représente, en 1645 comme aujourd'hui, l'espérance chrétienne au cœur de l'épreuve. C'est la grâce divine qui vient au secours du croyant dans l'épreuve et le doute.
En cette période de dangers, d'incertitude sur l'avenir, de fatigue et de découragement que nous vivons actuellement, cette année saint Joseph, loin d'être une dévotion comme une autre, est un don de la Providence, pour méditer sur sa vie, son courage, sa foi et sa confiance en Dieu.
Marie-Gabrielle Leblanc