Visitation
Domenico Ghirlandaio
Devant un arc de triomphe antiquisant, Elisabeth s'agenouille devant Marie : «Tu es bénie entre toutes les femmes ». C'est l'instant qui précède le Magnificat, relaté par le seul évangile de Luc, au chapitre 1. Les deux femmes sont représentées de façon sculpturale et majestueuse, à la façon du quattrocento (XVe siècle), la première Renaissance florentine.
L'échange des regards est impressionnant, la force expressive des visages est telle que chaque spectateur peut mettre sur leurs lèvres les paroles de la Visitation. Très émue, juvénile, Marie cherche à relever avec douceur sa vieille cousine, tout en comprenant que l'hommage s'adresse moins à elle qu'à l'Enfant minuscule qu'elle porte en son sein. Son visage extrêmement pure, de trois quarts, est la quintessence de la grâce de la peinture florentine. Ghirlandaio est un contemporain de Botticelli, autre florentin très célèbre.
Elisabeth, malgré sa grossesse avancée (elle en est au sixième mois, a précisé l'Archange Gabriel lors de l'Annonciation), s'agenouille devant sa jeune cousine, et, sous l'action de Saint Esprit, elle l'a reconnaît pour la Mère du Messie. Pour le peintre, il est claire qu'elle n'est pas seulement la Mère du Christ, mais la Mère de Dieu, comme l'avait établi le Concile d'Ephèse. Il est essentiel que les catholiques lui conservent ce titre, que les orthodoxes lui donnent dans le langage courant.
Deux belles jeunes femmes (celle de gauche est enceinte elle aussi), encadrent la scène et lui confèrent encore plus de solennité.
Les couleurs sont superbes et chatoyantes : bleu marine de Marie, rare à cette époque où l'on utilisait surtout l'intense lapis lazulis plus clair ; jaune orangé éclatant d'Elisabeth ; carmin des manches ; rose tyrien de la femme de gauche ; blanc nacré et écarlate pour celle de droite. La broche d'or, perle et rubis qui ferme le manteau de Marie est inspirée des peintres flamands que Ghirlandaio admirait tant, mais atteindre leur degrés de réalisme.
Le paysage urbain que l'on aperçoit au loin, à travers l'arc devant lequel se déroule la rencontre, est sensé évoquer Jérusalem et ses environs, mais fait surtout penser à une ville d'Italie centrale avec ses églises et ses remparts. Traitée en grisaille monochrome, elle rappelle un peu la perspective aérienne où excellaient les peintres flamands, très admirés au XVe siècle par les florentins, et dont Ghirlandaio s'est inspiré sur bien des points.
Le tableau est daté avec élégance en bas et à droite de l'arc de triomphe, en chiffres romains dorés, gravés dans le marbre : 1491.
Marie-Gabrielle Leblanc