La rencontre au désert de Dieu de saint Paul et saint Antoine est la partie centrale du panneau sur bois de la Légende de saint Antoine d'Egypte.
Cette rencontre illustre l'entretien au désert du premier ermite et du premier moine.
Saint Antoine le grand, qui vécut en Egypte de 250 à 356, est le père des moines d'Orient et d'Occident. Il vend ses biens après avoir entendu à la messe le chapitre 19 de l'évangile de Mathieu :
« Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes et donnes le aux pauvres. Puis vient et suis moi. » Il part alors dans le désert montagneux, près de la mer Rouge, à la recherche du père des ermites, Paul de Thèbes, dont la réputation de sainteté est venue jusqu'à lui.
C'est ce qui est mis en scène ici, dans un paysage complètement européen, semé de châteaux et d'églises gothiques. Les deux saints sont représentés plusieurs fois par le peintre. Paul est en prière à l'intérieur de son ermitage, puis il se lève et accueille Antoine sur le seuil de sa grotte. Ce dernier a probablement actionné la corde de la cloche en arrivant, pour signaler sa présence.
Paul (à droite en vert) accueille Antoine (à gauche en noir et pourpre) dans son ermitage creusé dans le rocher. Il ne souhaite pas avoir de disciple et veut rester seul avec Dieu, mais le corbeau, avec lequel il est toujours représenté sur les icônes des chrétiens d'Egypte et qui lui apportait chaque jour un ½ pain, apporte alors un pain entier pour eux deux. Paul comprends la volonté de Dieu et accepte qu'Antoine vienne le rejoindre dans son désert.
La source aménagée en fontaine est un point indispensable dans le désert. C'est aussi le symbole, en peinture, de la grâce divine et du baptême : c'est pourquoi elle est située au premier plan et coule vers l'extérieur en un ruisselet.
A gauche, des diables dans les airs, fondent sur Antoine pour le tenter. Ils sont tronqués car l a scène continue sur le volet gauche. Antoine est agenouillé en prière et contemple Dieu qui lui apparaît dans le ciel.
Le peintre, dont le vrai nom est inconnu, a été pourvu du nom d'emprunt : Le Maître de la Sainte Parenté l'Ancien, d'après une de ses peintures. IL œuvra à Cologne entre 1410 et 1440, où il dirigeait un atelier important, et pratiquait le style doux, une version rhénane du gothique international répandu dans toute l'Europe. Notre tableau est l'une de ses dernières œuvres, plus réaliste que gothique. Il s'y montre influencé, comme tout les peintres de Cologne, par la grande peinture de la Flandres voisine (Visage, traitement des paysages et des rochers) mais avec des couleurs bien différentes. Cologne fut au XVIe siècle un brillant foyer pictural.
Marie-Gabrielle Leblanc