La Visitation
Clôture du chœur de Notre-Dame de Chartres
Dans la cathédrale de Chartres, il n'y pas que les célèbres statues gothiques des portails, des XIIe et XIIe siècle, et les admirables vitraux de la même époque, à contempler. Bien d'autres trésors d'art y sont à découvrir.
C'est le cas de chef- d'œuvre de la Renaissance, la clôture du chœur aussi appelé pourtour du chœur, un ouvrage monumental sculpté dans la pierre calcaire, qui se déploie sur une longueur de cent mètres et s'élève à six mètres de hauteur. La scène de la visitation est la huitième sculptée sur ce pourtour, juste après l'Annonciation.
Marie, juvénile, est accompagnée de deux jeunes filles à l'expression aimable et aux visages avenants. Toutes trois sont élégamment vêtues. Marie est accueillie par sa cousine Elisabeth, représentée comme une Dame mûre, vêtue comme une matrone de la bourgeoisie commerçante du XVIe siècle, avec une riche coiffe et ds manches élégantes mais aussi un tablier comme les soigneuses maîtresses de maison. Une lourde bourse de velours pend à sa ceinture, attachée par un ruban de passementerie à côté d'un trousseau de clefs, attributs de la femme d'intérieur diligente et bien organisée.
Mari, coiffée avec les bandeaux lisses et sages d'une jeune fille du début du XVIe siècle, porte une robe très longue aux plis harmonieusement cassés, qui semble de satin. Elle a sur les épaules un manteau élégant pour son voyage et a un livre de prière sous le bras.
L'une des jeunes filles semble admirer les paroles prononcées par Marie, qu'elle regarde attentivement. L'autre, plus timide, reste en retrait, son petit panier d'osier au bras, tout en écoutant elle aussi de tout son cœur.
C'est visiblement Elisabeth qui vient de parler, avec un geste d'accueil : « Tu es bénie entre les femmes et le fruit de ton sein est béni !, Comment m'est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne à moi ? »
Marie, extrêmement émue, s'apprête à répondre à sa cousine par le Magnificat. Les baldaquins gothiques au-dessus des statues, avec leurs croisées d'ogives, donnent une impression de profondeur remarquable derrière elles.
Cette visitation est probablement du même artiste que celle de l'église Saint-Jean-au-marché, à Troie, tant la ressemblance est frappante et de nombreux détails semblables, comme les galons brodés bordant les robes.
Moins regardée sans doute que les célèbres portails, la clôture du chœur constitue pourtant un ensemble très rare de sculpture religieuse française de la Renaissance. De nombreuses scènes comme la rencontre d'Anne et Joachim, la naissance et le mariage de la Vierge, l'Annonciation sont es chefs-d'œuvre. Le réalisme souriant de ces scènes les rattache encore à la tradition du Moyen-Âge tardif. Toutes ces œuvres étaient extrêmement encrassées, empoussiérées et ébréchées. Le chantier de leur restauration, débuté en 2015, en a ravivé l'éclat incomparable.
L'ensemble des statues de la Renaissance, qui ornent le déambulatoire de Chartres, a été commencé en 1514 par le sculpteur Jean Texier, et continué par l'atelier de Jehan Soulas. L'architecte Jean de Beauce, aussitôt après avoir terminé le clocher flamboyant en 1513, reçut la commande de construire la clôture du chœur, qu'il mena jusqu'à sa mort en 1529. Il restait encore plus de la moitié des sculptures à réaliser. C'est pourquoi, jusqu'à la visitation, elle présente encore un style gothique flamboyant, avec des dais en dentelles de pierre, des pinacles, gâbles et baldaquins à profusion, de petits anges musiciens. Après elles sont nettement plus antiquisantes.
Elles ont été sculptées pour la plupart de 1516 à 1548, mais sont restées inachevées à causes des guerres de religion. On reprit enfin le travail, avec plusieurs interruptions dans le chantier, en 1610-1611 avec Thomas Boudin, puis de 1680 à 1683 avec d'autres artistes, et enfin de 1705 à 1727. La différence entre les époques est visible pour le connaisseurs averti, mais pas vraiment pour le grand public, l'harmonie général étant bien respecté.
Marie-Gabrielle Leblanc