La perle de la vérité
« Le Royaume des Cieux est semblable à un négociant en quête de perles fines : en a-t-il trouvé une de grand prix, il s'en va vendre tout ce qu'il possède et achète cette perle. »
La parabole de la perle, rapportée par saint Mathieu au chapitre XIII, suit celle du semeur, de l'ivraie, du grain de sénévé, du levain, et du trésor... Très présente dans la liturgie, les paraboles du Royaume des Cieux, très évocatrices, ont inspiré de nombreux artistes, à l'instar de Domenico Feti (1589-1623).
Nous sommes ici à Venise, sous une galerie à hautes arcades où se rassemblent des marchands de toutes sortes. Elle donne sur une place où la foule se presse pour écouter un saltimbanque. On reconnaît les hautes bâtisses vénitiennes avec leurs cheminées caractéristiques. Au premier plan, un homme passe en poussant sa brouette, indifférent à tout sauf à son travail. A droite, une jeune femme, assise par terre, vend à un client un couple de colombes qu'elle tient dans son tablier, deux canards à ses pieds.
Au second plan, éclairé par un rayon de lumière, le petit étal en planche d'un marchand de perle est adossé à un pilier de briques. Le commerçant, en rose, examine avec une loupe une perle que lui prose un homme élégamment vêtu de damas de soie jaune citron, et coiffé d'un turban torsadé jaune et blanc, une grosse aumônière rose pendue à sa ceinture. Le négociant dont parle Jésus, à droite en botte et manteau vert foncé, soulève une grosse perle et en apprécie la beauté et la grande valeur.
Sue le pilier sont accrochés divers colliers, protégés des pigeons vénitiens par un petit auvent. Autre élément intéressant sur cette petite mais riche peinture : l'opposition entre l'agitation superficielle de la fête foraine sur la place, et les personnes du premier plan qui se consacrent à leur travail. Le chrétien doit fuir les futilités, occasion de péché, pour trouver le Royaume des Cieux.
La parabole de la perle est brève, et moins célèbre que d'autres, comme le fils prodigue, le semeur, les vierges sages et folles, le pauvre Lazare u la brebis perdue. L'évangile apocryphe de Thomas la rapporte aussi avec d'autres détails, peut-être prononcés par Jésus un autre jour : « Le Royaume du Père est comparable à un marchand qui possédait une cargaison de marchandises. Il trouva une perle. Le marchand était sage : il vendit toue sa cargaison et acheta la perle, vous aussi, préoccupez-vous du trésor non périssable ; celui qui demeure là où la mite n'approche pas, là où le vers ne ronge pas. » […] La perle est le Royaume des Cieux, c'est-à-dire Dieu lui-même, qu'il importe de chercher par-dessus tout... Une autre interprétation complémentaire, est que Dieu cherche les hommes qu'il aime et veut sauver...
Marie-Gabrielle Leblanc