La multiplication des pains
Au VIe siècle, l'archevêque de Ravenne a fait l'acquisition d'une superbe chaire ornée de bas-reliefs en ivoire. L'un d'eux représente le célèbre miracle de Jésus avec une stupéfiante précision.
La multiplication des pains et des poissons est un épisode majeur de la vie de Jésus, relaté par les quatre évangélistes, ce qui atteste son caractère exceptionnel.
Les deux premiers évangiles rapportent même deux multiplications au bord du lac, à quelques jours d'intervalle (Mathieu 14, 13 et 15, 32, Marc 6, 30 et 18,1). Ce geste du Christ annonce et préfigure l'institution de l'Eucharistie, qui n'aura lieu que trois ans plus tard.
A l'origine de ce miracle, on trouve la profonde compassion de Jésus pour la faim matérielle, morale et spirituelle de la foule : « Il vit une foule et il en eut pitié, parce qu'ils étaient comme des brebis sans berger » (Marc 6, 34).
Pour la rassasier, Jésus s'appuie sur ses disciples à qui il demande de faire le premier pas tout en lui témoignant une confiance absolue, au lieu d'attendre passivement : « Donnez-leur vous-mêmes à manger. - Mais nous n'avons ici que cinq pains et deux poissons. » De même, aux noces de Cana, il avait demandé une confiance aveugle aux serviteurs chargés de puiser l'eau des jarres et de le servir à table. Cet épisode prodigieux a inspiré de nombreux artistes. Parmi toutes ces représentations, le bas-relief en ivoire de la chaire de l'évêque Maximien est l'une des plus spectaculaires et des plus délicates.
Cette œuvre peut être admirée à Ravenne, en Romagne : elle orne la chaire ou cathèdre de Maximien l'archevêque de la ville. La multiplication des pains est un des bas-reliefs d'ivoire du milieu du VIe siècle qui orne ce siège en bois. Sa façade montre saint Jean Baptiste entre les quatre évangélistes, l'arrière du dossier l'histoire du patriarche Joseph, et la face du dossier la vie du Christ.
Le maître ivoirier situe la scène à son époque, dans un contexte culturel gréco romain. Le Christ est représenté jeune et imberbe, avec les cheveux courts et bouclés, à la mode romaine et non orientale.
Comme les apôtres, il est vêtu d'une tunique et d'une toge romaines.
Il impose la main droite aux cinq pains, et la gauche aux deux poissons pour les bénir. Il ne faut pas oublier que le poisson est le symbole du Christ, car ictus (poisson en grec) est l'acrostiche de Jésus Christ Fils de Dieu Sauveur. Cette symbolique des premiers siècles chrétiens était encore très présente au VIe siècle.
Pour souligner que ce récit apparaît dans tous les évangiles, il est entouré par les quatre évangélistes, vêtus de tuniques et de toges romaines. Leurs visages évoquent ceux des philosophes grecs. Le plus jeune, en haut à gauche, est saint Jean. Rien ne permet d'identifier les autres. L'enfant qui a donné à Jésus ses pains et ses poissons n'est pas représenté ici.
Marie-Gabrielle Leblanc