L'Ascension d'Elie
Au XVe siècle, un peintre moldave met en scène avec brio l'Ascension au ciel du Prophète Elie dans un char de feu, sur une fresque de l'église du monastère orthodoxe de Probota (Roumanie).
« Voici qu'un char de feu et des chevaux de feu se mirent entre eux (Elie et son disciple Elisée), et Dieu enleva Elie au ciel dans un tourbillon » (deuxième livre des Rois). Cet épisode spectaculaire de l'Ancien Testament est une prophétie de l'Ascension du Christ. Les chrétiens considèrent chaque personnage ou événement de l'Ancien Testament comme un antétype, c'est -à-dire une annonce ou préfiguration, des évangiles. Le temps de l'Avent rappelle cette attente du Messie pendant des siècles par le peuple juif. Sur une montagne vertigineuse, à la pente si escarpée qu'on comprend qu'elle monte jusqu'au ciel, le vénérable prophète Elie est emporté de manière surnaturelle.
Il tient en main un rouleau de parchemin, le phylactère de ses prophéties. Il porte une auréole car les plus grands prophètes de l'Ancienne Alliance sont considérés à l'égal des saints du Nouveau Testament.
Elie et Enoch sont les deux personnages de l'Ancien Testament qui sont montés au ciel avec leur corps. Elisée, le disciple qui reste sur terre, n'est pas figuré ici, ce qui est rare. On ne voit pas non plus Elie lui lancer son manteau. Il est écrit en slavon d'église, en haut, « Le saint prophète Elie ».
Le prophète est assis dans un chariot, identique à ceux, en bois et rustiques, qui circulent depuis des siècles et encore de nos jours dans le nord de la Roumanie, tirés par un ou deux chevaux. Ce sont des chevaux moldaves, qui abondent encore dans la région : une race de taille moyenne, très robuste, utilisés comme animaux de traits. Les harnais sont peints avec précision. On avait coutume de laisser pousser une longue queue aux chevaux mais en la nouant : ce détail aussi est représenté. Un ange, couleur de feu, aux ailes immenses largement déployées, chevauche une des deux bêtes et conduit diligemment l'attelage, d'une main sûre. Le convoi, en cahotant, escalade les rochers en évitant failles et ravins. Comme beaucoup d'artistes inspirés par ce thème, le nôtre n'a pas représenté le chariot en feu mais a seulement coloré en ocre rouge le char, ses coursiers et l'ange. Des flammes sont stylisées sur la neige qui couvre les rochers, et près des failles dans le sol.
L'église du monastère de Probota est, comme toutes les églises orthodoxes, entièrement recouverte de fresques. La nôtre est située à gauche de l'iconostase*. L'ascension d'Elie dans le char de feu est un thème très aimé des orthodoxes. Il est particulièrement mis à l'honneur en Roumanie, autant sur les fresques que sur les icônes. Le prophète Elie est fêté par les orthodoxes le 20 juillet. Il est très populaire en Roumanie car il protège les récoltes des orages grâce à son char de feu. Les paysans s'interdisent de travailler dans les champs le jour de la saint Elie, solennisée dans les villages roumains, quelque puisse être l'urgence de la moisson ou de la récolte.
Marie-Gabrielle Leblanc
* Iconostase : Cloison élevée, couverte d'icônes, qui sépare la nef du sanctuaire chez les chrétiens orientaux.