La charité de saint Martin, vers 1285, enluminure du livre d'images de Madame Marie
Maître Henri
Quel plus beau geste que celui qui a rendu célèbre cet officier romain partageant en deux son manteau pour en donner la moitié à un pauvre ?
Cette « œuvre de miséricorde » de saint Martin a inspiré les artistes de toutes époques.
L'enlumineur Maître Henri, à la fin du XIIIe siècle, nous donne une magnifique représentation de ce thème si connu : La charité de saint Martin. Coupant de son glaive, en un geste d'une noble envolée, son manteau écarlate et doublé d'hermine, il en donne la moitié à un pauvre vieillard quasi nu. Les artistes le représentent toujours coupant en deux la grande cape.
Les historiens pensent qu'il a du en réalité enlever la doublure de fourrure et la donner au miséreux, et garder sur ses épaules, le tissus de laine. Au Moyen-Âge, Martin est figuré en chevalier, mais c'est seulement à partir du XIVe siècle qu'on le représente en soldat romain.
Celui qu'on appelle en France Martin de Tours n'était pas gaulois mais romain il naquit en 316 en Pannonie (actuelle Hongrie), la province la plus au Nord-Est de l'empire romain ; son père y était officier supérieur tribun militaire. A l'emplacement de sa garnison s'élève la grande abbaye bénédictine de Pannonhalma fondée en 996 pour commémorer la naissance de saint Martin. Il rencontre des chrétiens en Italie, et veux embrasser leur religion dès l'âge de 10 ans. Le christianisme était autorisé depuis 313, mais sa famille était païenne et son père lui interdit le baptême. Il le fait entrer dans la cavalerie à 15 ans pour lui changer les idées. C'est à l'âge de 21 ans que, en garnison à Amiens, il partage son manteau un soir, au pauvre grelottant dans la neige, donnant la moitié qui lui appartenait : puisque le légionnaire romain possédait en propre seulement la moitié de son équipement. La nuit suivante, le Christ, escorté d'ange, lui apparaît en songe, vêtu du manteau, et dit aux anges : « Martin, qui n'est encore que catéchumène, m'a revêtu de ce manteau. » Martin ne put en effet se faire baptiser qu'à 40 ans, après avoir quitté l'armée.
Nous sommes ici au cœur des 7 œuvres de miséricorde : nourrir les affamés, abreuver ceux qui ont soif, vêtir ceux qui sont nus, visiter et racheter les prisonniers, visiter et soigner les malades, accueillir les voyageurs, ensevelir les morts. Ce devoir du chrétien de voir le Christ dans le pauvre se réfère au chapitre 25 de saint Matthieu, où Jésus explique qu'il dira à la fin des temps : « J'étais nu et vous m'avez vêtu... quand vous l'avez fait au plus petit d'entre les miens, c'est à moi que vous l'avez fait. » Sur notre enluminure, le fait que ce manteau soit pourpre et doublé d'hermine comme pour les rois, indique que le mendiant est traité comme le Christ lui-même.
A son départ de l'armée en 356, Martin se rend à Poitiers où il se fait enfin baptiser et deviens le disciple de l'évêque saint Hilaire. Elu evêque de Tours en 371, il continuera à avoir le souci des pauvres. Saint Martin fut le pionnier du manachisme latin en Occident. Après le monastère de Ligugé en 360 (le premier de Gaule et d'Europe), il fonda à Tours celui de Marmoutier et mourut à Candes en 397.
Marie-Gabrielle Leblanc
Tic-tac, tic-tac, tic-tac, fait ma jolie pendulette soutenue par deux angelots... nous avons passé à l'heure d'été !