Une belle histoire d'amour pour commencer la semaine.
Connaissiez-vous Saint Injuriorus ?
Ce n'est qu'aujourd'hui, au cours d'une lecture que j'ai découvert l'existence de ce saint auvergnat, qui est fêté le 25 mai.
Livia
Enfin réunis...
(image pixabay)
Comme chacun le sait, saint Valentin est le patron des amoureux mais savez-vous qu’il possède à Clermont-Ferrand un concurrent des plus sérieux à ce titre ? L’histoire se passe au IVe siècle. En Auvergne vit un jeune homme appartenant à l’aristocratie gallo-romaine dont le patronyme est Injuriosus, « Injurieux » en français, ce qui, certes, n’est pas un prénom que l’on donnera facilement à un nouveau-né… Voilà près de deux siècles que le christianisme s’est bien implanté dans la région et toute la bonne société y est convertie de longue date...
Il semble qu’Injuriosus soit, lui aussi, attiré par la vie monastique mais tels ne sont pas les projets de sa famille pour lui. Il y a une fortune à gérer, des terres à entretenir, un patrimoine à accroître, une descendance à assurer. L’héritier doit assumer ses responsabilités mondaines, se marier et faire souche. Ses parents lui ont déjà trouvé une fiancée. Cette jeune fille se prénomme Scholastique, elle est pieuse, bien née, et d’une beauté remarquable, détail qui n’est pas anodin puisque les charmes rayonnants de sa future épouse doivent arracher le garçon à ses rêveries mystiques.
Ce que les deux familles ignorent, ou feignent d’ignorer, obsédées par leurs projets trop terrestres, c’est que la belle Scholastique, elle aussi, voudrait se donner à Dieu et consacrer sa virginité au Christ… Quoiqu’il en soit, nul ne tient compte de l’opinion des jeunes gens qui se retrouvent contraints à un mariage dont ils ne veulent pas. Mais, et les parents comptent là-dessus pour obtenir la descendance attendue, il a suffi d’un regard à Injuriosus et Scholastique pour tomber amoureux fous l’un de l’autre. Rien de mal à ce sentiment conjugal béni par l’Église et le couple pourrait sans faute consommer cette union, s’il ne se sentait tenu par les engagements secrets pris auparavant. N’ont-ils pas tous deux fait vœu de rester purs ?
Confrontés aux mêmes difficultés, contraints par leurs parents au mariage, certains de leurs contemporains acceptent un petit arrangement avec le Ciel : consommer leur union, vivre comme mari et femme jusqu‘à la naissance de deux ou trois enfants qui assureront la lignée puis se séparer afin d’aller vivre chacun de son côté dans le « saint propos» au couvent et au monastère. Cela concilie tout et l’Église ne s’en offusque nullement...
Pourquoi nos époux auvergnats n’en font-ils pas autant ? Parce que leur droiture y répugne et que les compromis mondains ressemblent un peu trop à leurs yeux à des compromissions… Donc, le soir de leurs noces, Injuriosus et Scholastique se confient mutuellement leur secret et décident, d’un commun accord, de vivre comme frère et sœur sans en rien dire à quiconque. Ce qu’ils n’ont pas prévu, c’est que, amoureux comme ils le sont, vivre côte à côte jour après jour sans jamais se toucher, deviendra un supplice et qu’ils devront lutter pour ne pas manquer à leur vœu…
Ce mariage blanc torturant durera plusieurs décennies sans que leur entourage, désolé de la stérilité persistante de ce couple si beau et si épris, soupçonne leur secret. Même après la disparition de leurs parents, les époux vierges ne révéleront pas sur quel faux-semblant repose leur union, parce que l’affection sublimée qu’ils se portent leur rend intolérable l’idée de se séparer pour entrer en religion.
L’histoire, cependant, ne s’arrête pas là. Peut-être à cause du secret révélé, par distraction, ou pour quelque autre raison familiale, Injuriosus n’est pas enterré près de sa femme, selon l’usage, mais de l’autre côté du cimetière, les deux sépultures se trouvant à grande distance l’une de l’autre. Le lendemain des obsèques, de nombreux Clermontois, se souvenant de la charité du couple, et reconnaissants des legs laissés par le défunt, vont au cimetière prier sur sa tombe et là, à la surprise générale, constatent que le sarcophage où repose la dépouille d’Injuriosus s’est déplacé pendant la nuit pour venir rejoindre celui de Scholastique contre lequel il est accolé dans une éternelle embrassade. Cet étonnant miracle couronne une union qui ne l’a pas moins été.
La tombe prendra le nom de «tombe des deux amants» ou des « deux vrais amants ». Scholastique et Injurieux sont invoqués pour obtenir la concorde et l’amour conjugaux, ainsi que la solidité des mariages.
Anne Bernet