Par Liviaaugustae
Il pleut ! Il pleut, depuis des jours déjà, aujourd'hui une pluie d'orage en grosses gouttes pleurent sur les vitres, sous un ciel uniformément gris.
L'orage était en juin pour Christian Bobin, c'est en mai pour nous.
Je fait ce qu'il conseille, je prends un livre, mais pas au hasard, je choisi ma lecture, je n'aime pas les aléas du hasard...
Je vous offre ci-dessous le hasard de Christian Bobin, un jour d'orage en juin...
Liviaaugustae
Pluie d'orage...
Une de ces journées de juin, fantasque : le bleu du ciel vire au noir, l'air tremble d'un orage à venir. Vous allez chercher la fraîcheur dans un livre. Le premier venu fait l'affaire : un recueil des pièces de Racine. De cet écrivain vous ne savez rien, que des leçons d'enfance. Les étangs d'un sommeil, les serpents d'une phrase. Les chemins lumineux d'un amour. Son silence, surtout. Cet arrêt soudain de l'écriture, au sommet d'une gloire. Ce renoncement soudain aux faveurs, ce superbe retrait dans on ne sait quoi, pour on ne sait qui. Ce silence qui n'a plus besoin de mots pour se dire : l'adieu au monde obscur, aux hommes déserts. Vous ouvrez au hasard. Vous prenez la lumière dans son midi, la lecture dans son profond, dans sa flamme la plus noire, dans sa fleur la plus coupante : Iphigénie. L'histoire est faite de replis, de détours et de beaucoup d'hésitations. L'histoire est comme une étoffe pliée en huit. En avançant dans la lecture vous la dépliez, toujours plus grande, toujours plus lumineuse sous vos yeux. […]
Extrait de : Une petite robe de fête
Christian Bobin
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