LES ROMAINS ET LE MYTHE D’ALEXANDRE.
Mosaïque du IVe siècle après J.C.
provenant de Baalbek, figurant une scène de la vie d’Alexandre Le Grand. Ici, Alexandre à sa naissance, lavé par sa mère Olympias.
(Beyrouth, Musée National)
Buste d’Alexandre du Ier siècle après
J.C.
(Art romain, Musée de Cyrène)
Les larmes roulent abondamment sur le visage anguleux. César pleure. « Ne vous semble-t-il pas qu’il est juste de s’affliger parce qu’à mon âge, Alexandre avait déjà un très vaste empire, alors que je n’ai encore rien fait de grand ? » argue le jeune propreteur en Espagne.
A Rome, au début de l’ère chrétienne, on proroge efficacement la propagande Alexandrine par la classe politique. Pompée s’octroie le manteau du souverain épique en 63 avant J.C. Marc-Antoine appelle son fils comme le macédonien. Caligula porte sa cuirasse. Trajan, terrassant les Parthes brigue l’ardeur du vainqueur des barbares. Sévère Alexandre parfait le mimétisme avec une nourrice nommée Olympias, quand Julien l’apostat au IVe siècle se laisse gagner par son mentor par la fièvre du mirage oriental… Côté politique, la relève est donc assurée. L’Empire s’inspire de l’Empire. Un grec d’Egypte du IIIe siècle, emprunte l’identité de Callisthène pour produire un roman d’Alexandre, aussi éloigné de l’histoire que proche de la fable. Le mythe paraît atteindre son apogée.
A contrario, les historiens romains s’inscrivent en porte-à-faux. Ils rabrouent l’idole sans ambages et les plumes s’aiguisent sous les traits d’un Quinte-Curce au Ier siècle, puis d’un Justin au IIe siècle. Le corpus apparaît dans l’ensemble peu élogieux. Comme si leurs auteurs redoutaient qu’un Alexandre magnanime porte ombrage à la grandeur romaine dont ils sont les garants.
Leurs homologues de langue grecque, se chargent de rétablir l’équilibre. Diodore, Plutarque puis Arrien dressent de lui des portraits terriblement flatteurs. Sans doute retiennent-ils d’abord, qu’Alexandre les a libérés du joug Perse.
Plus que jamais, la nouvelle nécropole royale d’Alexandrie, devient un but de pèlerinage pour les visiteurs romains. Les plus prestigieux d’entre eux sont ces grands romains qui rêvent chacun d’être un nouvel Alexandre : César en 48 avant J.C. sera le premier. Après lui, ce sera Octave en moins 30, au lendemain de la victoire d’Actium. On montre au vainqueur la dépouille d’Alexandre qui dans l’opération perd un morceau de nez. Aux Egyptiens qui lui demandent s’il veut voir les tombes des Ptolémées, il oppose un refus, ajoutant qu’il est venu voir un roi et non des morts, hommage implicite à l’immortalité divine d’Alexandre ; par la suite d’autres Empereurs romains, Caligula, Hadrien, Septime Sévère, viendront rendre hommage à celui qu’ils considèrent comme leur modèle. Le dernier de ces illustres visiteurs est Caracalla en 215. Après le tombeau d’Alexandre disparaît dans le silence, entre 240 et 390 après J.C.
Vers la fin du IVe siècle, le chrétien Jean Chrysostome, parle de l’oubli qui affecte le tombeau d’Alexandre, car à l’époque, le tombeau de Jésus est devenu plus célèbre.
Point de vue personnel.
« Aujourd’hui encore des archéologues, cherchent activement l’emplacement du tombeau d’Alexandre, alors que l’on peut prier sur le tombeau de Jésus.
Mais Alexandre n’était qu’un homme ! »