Par Liviaaugustae
Orangers, fleurs et fruits…
(image wikipédia)
Les Orangers…
A Paris, les oranges ont l’air triste de fruits tombés ramassés sous l’arbre. A l’heure où elles vous arrivent, en plein hiver pluvieux et froid, leur écorce éclatante, leur parfum exagéré dans ces pays de saveurs tranquilles, leur donne un aspect étrange, un peu bohémien. Par les soirées brumeuses, elles longent tristement les trottoirs, entassées dans leurs petites charrettes ambulantes, à la lueur sourde d’une lanterne en papier rouge. Un cri monotone et grêle les escorte, perdu dans le roulement des voitures, le fracas des omnibus : « A deux sous la Valence ! » […]
Mais mon meilleur souvenir d’oranges me vient encore de Barbicaglia, un grand jardin auprès d’Ajaccio où j’allais faire la sieste aux heurs de chaleur. Ici les orangers, plus hauts, plus espacés qu’à Blidah, descendaient jusqu’à la route, dont le jardin n’était séparé que par une haie vive et un fossé. Tout de suite après, c’était la mer, l’immense mer bleue… Quelles bonnes heures j’ai passé dans ce jardin ! Au-dessus de ma tête, les orangers en fleurs et en fruits brûlaient leurs parfums d’essences. De temps en temps, une orange bien mûre, détachée tout à coup, tombait près de moi comme alourdie de chaleur avec un bruit mat, sans écho sur la terre pleine. Je n’avais qu’à allonger la main. C’étaient des fruits superbes, d’un rouge pourpre à l’intérieur. Ils me paraissaient exquis, et puis l’horizon était si beau. Entre les feuilles, la mer mettait des espaces bleus éblouissants comme des morceaux de verre brisé qui miroitaient dans la brume de l’air. Avec cela, le mouvement du flot agitant l’atmosphère à de grandes distances, barque invisible, la chaleur, l’odeur des oranges…
Ah ! qu’on était bien pour dormir dans le jardin de Barbicaglia !
Alphonse DAUDET : Lettres de mon moulin.
Un bouquet d’arômes plein de soleil, pour égayer ces tristes journées grises de pluies…
Liviaaugustae
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