La descente du Saint Esprit – Livre d'heures d'Etienne Chevalier, enluminées par Jean Fourquet (vers 1450)
L’art catholique reflète la spiritualité du temps et la nourrit en retour. Inutile de chercher à définir un style catholique : c’est le mouvement qui le caractérise !
L’art chrétien, en Occident, est un art en mouvement. C’est même son charisme – à la différence de l’Orient, presque immuable dans le domaine des arts comme dans celui de la liturgie. La source est pourtant commune : l’art chrétien naît au IIe siècle, simultanément en Égypte et sur les murs des catacombes de Rome. Mais à partir du Ve siècle, les communautés du Proche-Orient les plus fécondes en production artistique – coptes, syriaques et arméniennes – se trouvent séparées de Rome et de Byzance, après le concile de Chalcédoine. L’Occident poursuit son chemin et se transforme sans cesse, alors que l’Orient n’évolue que très peu et très lentement. La légitimité de l’art figuratif chrétien, oriental ou occidental, contrairement aux musulmans et aux calvinistes qui refusent la figuration humaine, a été reconnue par le concile de Nicée II en 787, du fait même que le Christ s’est incarné. Par ailleurs, l’art sacré est liturgique par nature, et constitue une ouverture vers le Ciel.
Répondre aux fidèles
Parce qu’il est mobile, l’art catholique ne peut être réduit à un seul style. S’il est en mouvement, c’est que l’Église prend soin d’apporter aux fidèles les réponses qu’ils attendent ; c’est aussi qu’elle réagit aux controverses théologiques qui traversent son histoire, aux hérésies qui la bousculent : l’art reflète la spiritualité du temps ; il la nourrit aussi en retour, en un double mouvement toujours fécond. L’art carolingien, pré-roman et roman, met l’accent sur la divinité du Christ, sur sa majesté. À partir du XIIIe siècle, sous l’influence entre autres de saint François, on représente pour la première fois les souffrances du Christ et sa Passion, non par dolorisme mais pour répondre aux Cathares et à l’islam, qui nient que Jésus est mort sur la croix.
Le blanc manteau d’églises
L’architecture religieuse se déploie magnifiquement au Moyen Âge, du « blanc manteau d’églises » romanes à l’Europe des cathédrales gothiques au temps de Saint Louis. À l’aube de la Renaissance, d’immenses artistes comme Van Eyck ou le bienheureux Fra Angelico nous donnent des chefs-d’œuvre, parmi les plus purs de la création artistique.
Apogée musical
Au XVIIe siècle, l’Église catholique est l’inspiratrice de la civilisation européenne. La réaction à la réforme protestante enfante l’art baroque, le plus beau fruit du concile de Trente. Il se déploie de Rome jusqu’à l’Europe centrale. Ce nouvel élan coïncide avec un apogée musical. Le Messie de Haendel, les Leçons de Ténèbres de Couperin sont des sommets. En France et en Italie, la peinture du XVIIe siècle atteint des profondeurs d’intériorité.
Pour écouter Laudate Dominum de Mozart, et l'Alleluia de Haendel, clic sur le lien ci-dessous :
https://www.youtube.com/watch?v=AaEGwph2Qr4
Les tableaux de Georges de La Tour sont comme des icônes de l’Occident.
La Vierge et l'Enfant avec sainte Anne
Georges de La Tour (1640)
Essor missionnaire et artistique
L'élan missionnaire propage cet essor artistique bien au-delà de l'Europe. L'art baroque ibéro-américain, portugais au Brésil, espagnol dans le reste de l'Amérique du Sud, a produit des chefs-d'œuvre grâce aux talents des convertis du Nouveau Monde : églises baroques, sculpture et musique liturgique, dans les missions jésuites mais pas seukement. En Inde, au Kerala et sur la côte ouest autour de Mangalore, un art baroque religieux remarquable, dit indo-portugais, se développe au XVIIe siècle, en particulier les ivoire sculptés de Goa, à la fois savants et naïfs.
Un enfouissement catastrophique
Après les attachantes créations de Maurice Denis dans la première moitié du XXe siècle, l'église catholique a semblé perdre la main depuis la dernière guerre, tout au occupée au processus d'enfouissement qui s'avéra catastrophique. Depuis les années 1960, elle a oublié les artistes, sauf à suivre le père Couturier, dominicain qui préconisait de faire travailler les grands artistes dans les églises, même s'ils sont athées. Le clergé a abandonné la responsabilité des commandes aux commissions d'art sacrés ou aux Monuments historiques. Au contraire, la créativité iconographique des coptes et orthodoxes est aujourd'hui remarquable.
Nouvelle génération
Mais une génération d'artistes chrétiens exceptionnels est apparue et renverse cette tendance : le jésuite Marko Rupnik le plus grand mosaïste actue, l'orfèvre Goudji, les peintres Malel et Arcabas, la sculptrice Françoise Bissara. Sans oublier ces dernières années, François Pelletier, François-Xavier de Boissoudy, Bruno Desroche, Augustin Frison-Roche : tous résolument figuratifs, et pressant l'église de redevenir enfin commanditaire d'œuvres chrétiennes.
Marie-Gabrielle Leblanc