PAYSAGES IDEAUX
Le cubiculum (chambre à coucher) de la villa de Boscoréale, construite sur une des pentes du Vésuve, nous offre une vue en profondeur, au sens propre comme au sens figuré, de l’évolution de la peinture murale dite du second style.
Le propriétaire, un certain P. Fannius Synistor, fut assez fortuné pour agrémenter l’intérieur de sa villa avec des décors somptueux. L’abolition des parois par le procédé du trompe-l’œil et les ouvertures sur des paysages idéaux, où apparaissent Temples, grottes, bancs et autres éléments d’origine architecturale ou champêtre, de même que des scènes naturalistes constituées de motifs végétaux et animaliers, tout cela fait preuve d’une grande maîtrise de conception et de réalisation.
Décoration murale en stuc peint deuxième moitié
du premier siècle avant J.C.
(Metropolitan Museum of Art New York)
Alors que les parois longitudinales représentent diverses architectures d’une complexité étonnante, découvrant des cloisons fictives, des petits sanctuaires et des constructions étagées, le mur du fond offre un paysage de jardin. Entre des poutres que soutiennent des pilastres couronnés de chapiteaux corinthiens s’ouvre une baie, et cette baie donne sur un paysage idyllique : la magnifique représentation d’une grotte dans un jardin. Dans le rocher abrupt une fontaine est aménagée, avec des oiseaux qui viennent se rafraîchir dans l’eau de ses vasques ; à l’arrière plan on aperçoit une statuette dorée ; peut-être est-elle là pour signifier le caractère sacré de la fontaine ; des branches de lierre grimpent à l’entrée de la grotte où se délassent les oiseaux. Plus haut, sur le fond bleu du ciel se découpe une pergola couverte de vigne. On croirait entendre le gazouillis des oiseaux et sentir l’air suave de la campagne. A gauche, une coupe de fruits repose sur une sorte d’étagère, comme à portée de main. Autour de la colonne d’un rouge pompéien qui semble avancer au premier plan monte des volutes en bronze filigrané.
Juste à côté, un paysage urbain est peint dans des tons de pastel ocre. Cette représentation est traitée en monochromie, un genre de peinture que l’on utilisait volontiers pour créer un contraste optique avec les motifs vivement colorés. Le tableau représente une ville construite au-dessus d’une rivière, à flanc de coteaux. Les maisons et les temples sont peints en quelques coups de pinceau nets et précis. De tels motifs apparaissent pour la première fois dans la peinture pariétale romaine.
Peinture murale en trompe-l’œil villa de
Boscoreale deuxième moitié du premier siècle avant J.C.
(Metropolitan Museum of Art New York)
Un peu d’imagination suffit pour voir ce qui se cachait derrière ces architectures feintes : qui sait si la terrasse ne donnait pas sur un vaste jardin agrémenté de jeux d’eau, de plates-bandes, de promenoirs couverts, et de bien d’autres choses encore qui rendent la vie si plaisante. Et au milieu de ces décors élégants se dressaient des répliques ou des adaptations de célèbres œuvres grecques de l’époque classique. De quoi satisfaire et réjouir l’œil des connaisseurs et peut-être aussi les entraîner dans de savantes discutions.