Un magnifique bouquet
de soucis...
(Image
Wikipédia)
A
l’une des questions le plus souvent posées par les journalistes, « A quoi sert l’Académie française ? », Jean Dutourd répondait volontiers : »Elle sert à être
beau. » Je crains, à vrai dire, que d’autres académies, dans les studios, sur les plateaux, dans les stades, dans les cabines des couturiers, sur les plages ou dans la rue, ne soient bien
plus séduisantes que celle du quai Conti, la seule à prendre une majuscule – ce qui n’est jamais bon signe.
La
beauté joue un rôle immense dans la vie quotidienne de chacune et de chacun d’entre nous. D’autres Déesses, bien sûr, se penchent sur notre pauvre monde : une vie sans vérité, sans
justice, sans amour ne vaudrait pas grand-chose. La beauté, à côté, fait figure de colifichet, de babiole, de danseuse légère et frivole. Cette danseuse-là, pourtant, occupe nos jours et nos
nuits. Les amants, les artistes, les poètes, lui consacrent tous leurs soins. La flamme de la beauté passe sans s’éteindre jamais de la préhistoire à notre temps.
Malherbe
puis Larbaud la chantent avec ivresse : « Beauté, mon beau souci… »
La
beauté est multiple. Elle n’en finit pas de changer et de prendre des couleurs et des allures différentes. Beauté des corps. Beauté des œuvres. Beauté de l’esprit. Elle varie avec les époques,
avec les cultures, avec les individus. Elle passe, elle se transforme et elle est toujours là. Elle rend supportable un monde souvent cruel.
« La
beauté, murmure Stendhal, est une promesse de bonheur. »
La
beauté est une reine capricieuse. Elle n’aime pas être harcelée. Elle déteste qu’on en fasse trop.
Elle
se donne volontiers par surprise et par surcroît. La simplicité est son royaume.
Elle
porte souvent un autre nom : le naturel.
Jean
d’Ormesson
Extrait
de : Madame Figaro.