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Ete...

 

 

 

 

 

 Eté…

 

 

 

Ete...

Champs de maïs A. Sisley (1873)

(Kunsthalle de Hambourg)

 

Les rayons jaunes

Les dimanches d'été, le soir, vers les six heures,
Quand le peuple empressé déserte ses demeures
Et va s'ébattre aux champs,
Ma persienne fermée, assis à ma fenêtre,
Je regarde d'en haut passer et disparaître
Joyeux bourgeois, marchands,

 

Ouvriers en habits de fête, au cœur plein d'aise ;
Un livre est entr'ouvert près de moi, sur ma chaise :
Je lis ou fais semblant ;
Et les jaunes rayons que le couchant ramène,
Plus jaunes ce soir-là que pendant la semaine,
Teignent mon rideau blanc.

 

J'aime à les voir percer vitres et jalousie ;
Chaque oblique sillon trace à ma fantaisie
Un flot d'atomes d'or ;
Puis, m'arrivant dans l'âme à travers la prunelle,
Ils redorent aussi mille pensées en elle,
Mille atomes encor.

 

Ce sont des jours confus dont reparaît la trame,
Des souvenirs d'enfance, aussi doux à notre âme
Qu'un rêve d'avenir :
C'était à pareille heure (oh ! je me le rappelle)
Qu'après vêpres, enfants, au chœur de la chapelle,
On nous faisait venir.

 

La lampe brûlait jaune, et jaune aussi les cierges ;
Et la lueur glissant aux fronts voilés des vierges
Jaunissait leur blancheur ;
Et le prêtre vêtu de son étole blanche
Courbait un front jauni, comme un épi qui penche
Sous la faux du faucheur.

 

Oh ! qui dans une église à genoux sur la pierre,
N'a bien souvent, le soir, déposé sa prière,
Comme un grain pur de sel ?
Qui n'a du crucifix baisé le jaune ivoire ?
Qui n'a de l'Homme-Dieu lu la sublime histoire
Dans un jaune missel ?

 

Mais où la retrouver, quand elle s'est perdue,
Cette humble foi du cœur, qu'un ange a suspendue
En palme à nos berceaux ;
Qu'une mère a nourrie en nous d'un zèle immense ;
Dont chaque jour un prêtre arrosait la semence
Aux bords des saints ruisseaux ?

 

Peut-elle refleurir lorsqu'a soufflé l'orage,
Et qu'en nos cœurs l'orgueil debout, a dans sa rage
Mis le pied sur l'autel ?
On est bien faible alors, quand le malheur arrive
Et la mort... faut-il donc que l'idée en survive
Au vœu d'être immortel ! […]

SAINTE-BEUVE

 

 

 

 

 

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M
Quel beau poème! Parfois, l'été, la soirée si douce, si dorée est belle à émouvoir jusqu'à humifier les yeux, serrer la gorge. Un trop plein de bonheur, d'émotion...<br /> Merci pour ce superbe partage<br /> gros bisous<br />  
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É
Moi aussi je le trouve émouvant mais pas désespéré. Tu auras sans doute plus d'air dans le Morbihan. Bisous
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L
Bonjour Laure,<br /> Je trouve aussi très émouvant.<br /> Il fait chaud mais pas si terrible, nous n'avons que 32°, je m'abstiens de bouger !<br /> Douce soirée<br /> Bises<br />  
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F
C'est très émouvant<br /> Douce journée caniculaire chez nous<br /> Bises
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L
Bonjour lili,<br /> Je ne connais pas  très bien Sainte Beuve, et le poète encore moins, mais j'ai eu un coup de coeur pour ce poème.<br /> Je savais que l'on cultivait le maïs, mais seulement pour les bêtes et je pense (sans certitude toutefois) que ce sont les américains qui nous ont fait adopter à notre table ces céréales et c'est délicieux.<br /> Belle et chaude journée<br /> Gros bisous
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