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Fable.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

numérisation0004-copie-1La Boudeuse de Watteau (1715-1717)

(Saint-Pétersbourg Musée de l’Ermitage)

 

 

FABLE.

(A la manière de…)

 

Un jour, un homme qui aimait son image,

Comme jadis, Narcisse  aimât la sienne,

Entra arrogant, sans y être désiré,

Dans le boudoir d’une femme.

Cette femme, il en était sûr, devait l’aimer,

Convaincu qu’il était, d’être le plus beau,

 

Mais, bien vite il déchanta,

La Belle le prit de haut.

Il lui fallait à elle, de l’Amour,

Et cet ours mal léché, ne faisant point son affaire,

Elle l’éconduit, et le fit jeter dehors par ses gens,

Il en fut éberlué,  et ne compris point l’attitude de cette femme.

 

Peu me chaut celle-ci,

J’en ai bien d’autres que je pourrais séduire ;

Et il s’en fut de l’autre côté de la rue.

Celle-là était, pensait-il à part-soi,

Timide, obéissante et douce ;  

Un seul mot suffirait ; il obtiendrait ses faveurs.

 

Mais  ce ne fut pas le cas.

La fille cachait sous de petits airs de rien,

Un caractère sournois, boudeur et frivole,

Elle le reçut, la mine réservée, pleine de rires à l’intérieur,

Car elle voulait moquer cet importun,

Si plein, se croyait-il, de savoirs et d’agréments

 

Aussi quand celui-ci, avec des ronds de jambes,

Des phrases enrubannées, lui déclara sans ambages,

Une flamme, qu’elle ne désirait point,

Penchant son cou gracile, fit une moue dédaigneuse,

Interloqué, là encore ne comprenant rien,

Il se dit que les femmes, ma foi, étaient bien compliquées.

 

Il s’en retourna, fort marri, de n’être point aimé,

Pourtant son miroir, tous les jours lui disait,

Qu’il était beau, et de bel tournure,

De plus son avoir était conséquent,

Il possédait tout, maison, calèche, chevaux…

Alors ? Qu’avaient-elles donc toutes ?

 

Ce qu’elles désiraient toutes, c’était l’Amour !

Elles sentaient bien que cet homme plein de morgue,

Ne pouvait rien donner, mais seulement tout prendre.

Il resterait donc seul, et devant son miroir,

Verrait tout doucement passer les ans.

Et personne, pas même son valet,

Qu’à plusieurs reprises, il avait vu rire sous cape,

Ne l’aimerait jamais !

Livia

 

 

 

Inspiré de : L’HOMME ET SON IMAGE. De J. de La Fontaine.  Qui la conclut ainsi :

[…] Je parle à tous ; et cette erreur extrême

Est un mal que chacun se plaît d’entretenir.

Notre âme ; c’est cet homme amoureux de lui-même ;

Tants de miroirs, ce sont les sottises d’autrui,

Miroirs, de nos défauts les Peintres légitimes ; […]

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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