Par Liviaaugustae
Frontispice gravé par C.N. Cochin d’après OUDRY
Pour les fables de Lafontaine (1755-1759)
JUPITER ET LE METAYER.
Jupiter eut jadis une ferme à donner,
Mercure en fit l’annonce ; et gens se présentèrent,
Firent des offres, écoutèrent :
Ce ne fut pas sans bien tourner.
L’un alléguait que l’héritage
Etait effrayant et rude, et l’autre un autre si.
Pendant qu’ils marchandaient ainsi,
Un deux, le plus hardi, mais non pas le plus sage,
Promit d’en rendre tant, pourvu que Jupiter
Le laissât disposer de l’air,
Lui donnât saison à sa guise,
Qu’il eût chaud, du froid, du beau temps, de la bise,
Enfin du sec et du mouillé,
Aussitôt qu’il aurait baillé.
Jupiter y consent. Contrat passé ; notre homme
Tranche du Roi des airs, pleut, vente et frais en somme
Un climat pour lui tout seul : ses plus proches voisins
Ne s’en sentaient non plus que les Américains.
Ce fut leur avantage ; ils eurent bonne année,
Pleine moisson, pleine vinée.
Monsieur le receveur fut très mal partagé.
L’an suivant voilà tout changé,
Il ajuste d’une autre sorte
La température des Cieux.
Son champ ne s’en trouva pas mieux,
Celui des voisins fructifie et rapporte.
Que fait-il ? Il recourut au Monarque des Dieux :
Il confesse son impudence.
Jupiter en usa comme un Maître fort doux.
Concluons que la Providence
Sait ce qu’il nous faut, mieux que nous.
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