D’OU VIENS-TU MARIANNE ?
Superbe, elle trône en buste dans une mairie sur deux. L’association des maires de France se charge d’ailleurs de choisir la française célèbre qui aura un temps, l’honneur d’offrir ses traits au nouveau visage de la république.
La vie de Marianne commence après 1793, quand une jeune femme coiffée d’un bonnet phrygien, symbole de radicalisme politique, émerge, comme double représentation de la liberté associée à la république.
L’allégorie reste cependant anonyme. Quand une liberté à bonnet phrygien remplace la statue de Louis XV place de la révolution (l’actuelle Place de la Concorde), elle ne porte encore aucun prénom. Tout au plus l’idée d’une déesse incarnant les grands mythes révolutionnaires s’impose-t-elle en ces années de retour au classicisme gréco-latin.
Reste que, paradoxalement, l’usage du prénom Marianne pour désigner la république apparaît d’abord chez les contre-révolutionnaires. Dans leur bouche, il jaillit comme synonyme de souillon. C’est particulièrement vrai dans le sud du pays où les adversaires du nouveau régime promettent mille morts à « la Marianne ». […]
Le bonnet, voilà en effet le problème. Associé à la figure féminine, il confèrerait à la république une dimension révolutionnaire qui effraie. […] Alors on lui préfère des substituts moins connotés : lauriers, épis. […]
Dans les débuts d’une troisième république encore mal assurée, les petites statuettes de Marianne se répandent dans le Midi notamment. A Dijon, une statue avec bonnet phrygien commémore la défense de la ville contre les Prussiens. A Paris, la municipalité commande des bustes de Marianne autour des années 1880 et retient le projet de Léopold Morice pour une statue qui sera installée au carrefour du château d’eau rebaptisée place de la république. Un lieu symbolique est né, cher au cœur de la gauche, mais pas uniquement. C’est cette place que le général de Gaulle choisira, en septembre 1958, pour présenter aux français sont projet de constitution de la Ve république.
Le Général et Marianne : Une histoire d’amour, et pas seulement en première page du Figaro, où les dessins de Jacques Faisant campent une Marianne dynamique et décomplexée, qui va dialoguer avec son « Grand » jusqu’en 2005. De Gaulle se fait de la république une image bien différente de celle de la gauche. Avec lui, Marianne cesse d’incarner le rêve du grand chambardement pour devenir le symbole d’une nation rassemblée autour du principe républicain. Marianne la passionaria cède la place à Marianne l’unificatrice.
Rémi Kauffer
Extrait de : Figaro Magasine.