Notre-Dame, Pierres vivantes (Suite et fin)
Vue de la façade occidentale de la cathédrale Notre-Dame de Paris, école française, lithographie en couleur, ver 1840.
(Paris Bibliothèque des Arts décoratifs)
LES HABITS NEUFS DE NOTRE-DAME…
L’impact de Victor Hugo sur l’image de la cathédrale est tel que les autorités prennent la décision de restaurer le monument : travaux menés par Viollet-le-Duc entre 1845 et 1864. Les textes des auteurs de l’époque témoignent de sa métamorphose. Ainsi, Gérard de Nerval la voyait-il avant sa restauration, comme une « ruine austère », tandis que Paul Verlaine, en 1892, la décrit irradiante de lumière : « C’est la suprême joie, et l’extrême lumière/ Concentrée aux rais de la seule Vérité ». Le poète Jules Laforgue s’émerveille de sa « grande rosace octogone » qui « plus douloureusement rayonne/ D’adoration et d’amour ». Dans « Son excellence Eugène Rougon », Emile Zola, envoûté par ses « voûtes d’un bleu tendre », « semées d’étoiles », raconte comment face à « la grand-porte, ouverte à deux battants », « l’église se creusait, immense, dans une histoire surhumaine de tabernacle ». Et dans « l’œuvre», il décrit avec finesse son architecture extérieure : « plus haut, plus encore, par-dessus les tours jumelles de Notre-Dame, d’un ton vieil or, deux flèches s’élançaient, en arrière la flèche de la cathédrale, sur la gauche la flèche de la Sainte-Chapelle, d’une élégance si fine, qu’elles semblaient frémir à la brise »…
Le 25 décembre 1886, l’une des plus célèbres conversions de la littérature : celle de l’écrivain Paul Claudel, alors âgé de 18 ans. « J’étais moi-même dans la foule, près du second pilier à l’entrée du chœur à droite du côté de la sacristie. Et c’est alors que se produisit l’évènement qui domine toute ma vie. En un instant mon cœur fut touché et je crus. […] J’avais eu tout à coup le sentiment déchirant de l’innocence, de l’éternelle enfance de Dieu, une révélation ineffable. »
Le mystique Péguy, y puise l’inspiration de nombre de ses poèmes. Celui, par exemple, où il donne la parole à Dieu : « J’ai vu ces coteaux de la Meuse et ces églises qui sont mes propres maisons. / Et Paris et Reims et Rouen et des cathédrales qui sont mes propres palais et mes propres châteaux ». Ou encore cette ballade posthume : «du cœur qui a tant battu », évoquant « Notre-Dame de France/ en Parisis/ Nourrice d’espérance/ En Paradis. »
Notre-Dame, désormais, relève du paysage littéraire autant que de celui de la capitale.
Et Gérard de Nerval, visionnaire, avait vu juste, aujourd’hui, des gens venus des quatre coins du monde, se presse pour admirer ce chef-d’œuvre, qu’est Notre-Dame de Paris.
Liviaugustae