Notre-Dame-de-la fin-des-Terres
Vue de la pointe
(image wikipédia)
Il n’y a pas que dans les films catastrophes et dans les légendes que des villes disparaissent sans laisser de traces ou presque. Même pas besoin pour cela d’une éruption volcanique cataclysmique, d’un séisme, d’un raz-de-marée, d’une avalanche. La fureur humaine et la guerre suffisent amplement à rayer de la carte une cité jadis prospère, si bien anéantie que ses survivants renonceront à la reconstruire. Ainsi la chapelle de Notre-Dame du Bout-du-Monde, Ar Itron Varia ar Pen ar Bed en breton, est-elle le dernier vestige de la petite ville de Saint-Mathieu, au bout de la pointe du même nom dominant l’Atlantique, dont elle a jadis été la paroisse. […]
Tout va basculer, hélas, lorsqu’en 1558 une attaque de la flotte anglaise sur les défenses de la pointe Saint-Mathieu endommage l’abbaye et rase la petite ville, exceptée l’église, épargnée par les boulets. Alors même que Saint-Mathieu disparaît, et que l’abbaye commence à son tour à péricliter, Notre-Dame survit et conserve son statut de paroisse, sans doute parce qu’elle tend, en raison de son emplacement privilégié face à l’océan, à devenir un sanctuaire marin, son cimetière accueillant souvent les corps des hommes péris en mer, pêcheurs des environs comme marins au long cours qui ont fait naufrage dans ces parages, parmi les plus dangereux du globe.
C’est ainsi qui sont inhumés, entre autres, les hommes de la gabarre Dorothée, sombrée en 1768, et ceux d’une frégate espagnole de Cadix, perdue corps et biens en 1780.
L’on vient donc ici prier pour ceux qui sont au loin, livrés au péril de la mer, afin qu’ils reviennent à bon port, et pour ceux, hélas, qui ne reviendront plus.
La Révolution marque l’abandon définitif de l’abbaye qui, à l’instar de la plupart des communautés masculines contemplatives, n’a cessé de décliner tout au long du XVIIIe siècle.
Elle sera bientôt transformée en carrière à ciel ouvert, avant que l’on abatte ses chapelles et absidioles afin de construire le phare. […]
Anne Bernet
Cap, abbaye et phare Saint-Mathieu
(dessin de Félix Benoist)
(image wikipédia)
Site romantique à souhait, ce promontoire du bout du monde à la rudesse inhospitalière inspire au célèbre historien français du XIXe siècle Jules Michelet une vision tourmentée :
«C'est la limite extrême, la pointe, la proue de l'ancien monde.
Là, les deux ennemis sont en face :
La terre et la mer, l'homme et la nature.
Il faut la voir quand elle s'émeut, la furieuse, quelles monstrueuses vagues elle entasse à la pointe Saint Mathieu, à cinquante, à soixante, à quatre-vingts pieds ; l'écume vole
jusqu'à l'église ou les mères et les sœurs sont en prières.
Et même dans les moments de trêve, quand l'océan se tait, qui a parcouru cette côte funèbre sans dire ou sentir en soi : Ristes usque ad mortem !» (rire jusqu’à la mort) !
J'ai vu cette Pointe Saint-Matthieu plusieurs fois dont une fois en hiver, elle est lugubre, d’autant qu’il faut aussi faire face au vent sur cette Pointe du bout du monde...
Mais je l'ai vu plusieurs fois en été sous un beau soleil et un magnifique ciel bleu, le paysage est tout à fait autre, la mer bleu roi ondule tranquillement en caressant les rochers qui descendent jusqu'à elle, tandis que...les touristes fourmillent aux pieds de la Vierge et la mitraillent avec leurs objectifs.
Livia