Paul Claudel en 1927
Paul Claudel
Une lettre à Louis Gillet, datée du 10 novembre 1941, relate bien ces difficultés : « D’une part le monde de la réalité sensible qui était pour ma jeune vocation poétique le monde de la
beauté et de la joie, celui aussi des désirs et des passions, et cet autre hors de lui, si puissant, si poignant, mais en même temps si redoutable qui venait se présenter à mon âme avec une
autorité invincible».
Quatre ans plus tôt, il avait exprimé son désarroi en parlant de la fulgurance de sa foi comme d’un enfantement, ou plus précisément d’un enfant dont on doit soudain avoir la
charge : «Cette espèce d’énorme enfant entre les bras, et informe paquet d’absurdes et révoltantes certitudes (…) ce ballot qu’on venait de me planter entre les bras de choses folles »
.(Lettres à l’ange gardien, 1937). Si donc son âme est libérée, il sent néanmoins le poids qu’implique un engagement chrétien total.
Gilbert Keith Chesterton en 1909
Gilbert Keith Chesterton
Avec l'âge, il s'intéresse de plus en plus au christianisme, pour finalement se convertir au catholicisme en 1922 à l'âge de 48 ans;
: «En ce temps-là, je n’avais pas plus l’idée de devenir catholique que cannibale», «Ce n’était pas que je commençais à croire à des choses surnaturelles.
C’était que les incroyants commençaient par ne pas croire à des choses normales.
Ce furent les laïques qui me poussèrent vers une morale théologique, en détruisant eux-mêmes toute possibilité saine ou rationnelle de morale laïque.» (L’Homme à la clef d’or)
C’est aussi à cette même période qu’il se met à lire la théologie chrétienne, et s’aperçoit que «ses paradoxes mêmes correspondaient aux paradoxes de la vie». Il se rend compte que le
rationalisme et le matérialisme, loin d’être «terre-à-terre», conduisent à la déraison.
Il estime que chaque chapelle protestante, aussi sincère soit-elle, ou même chaque courant politique et économique, correspond à une idée catholique, mais dévoyée car séparée de la
totalité cohérente du dogme.
Et seul le dogme permet l’alliage de la Raison et de la Liberté. Il constate, enfin, cette chose essentielle : depuis son enfance, il était «catholique» dans son rapport au monde, sauf qu’on
ne le lui avait pas dit !
Alfred Döblin en 1930
Alfred Döblin (10 août 1878 Stettin – 26 juin 1957 à Emmendingen) était un médecin et écrivain allemand.
Il a acquis la nationalité française en 1936.
Né de parents juifs non pratiquants, il s'est converti au catholicisme en 1941.
Il est notamment l'auteur du roman «Berlin Alexanderplatz.» Son frère aîné était l'acteur Hugo Döblin.
Berlin Alexanderplatz, roman qui raconte la misère berlinoise des années 1920, eut le sinistre honneur de compter parmi les ouvrages livrés aux autodafés par le régime nazi, dès 1933.
C’est d’ailleurs à cette date que Döblin, de confession juive, part avec sa femme et son enfant en direction de la France.
Il en obtient la nationalité en 1936, et travaille au ministère de la propagande lorsque la guerre éclate.
En juin 1940, il fuit Paris en direction du sud, à la recherche de sa femme, qui est partie quelques jours plus tôt avec leur plus jeune enfant.
C’est pendant cette recherche, dans l’angoisse et la solitude, qu’Alfred Döblin se convertit au catholicisme. Le baptême se fera en exil à Los Angeles, en novembre 1941.
L’événement majeur advient dans la cathédrale de Mende. Devant un crucifix, alors qu’il avait pénétré machinalement dans l’édifice, il reste figé devant le Christ en croix. «Je me disais : voilà la misère humaine, notre sort, cet objet fait partie de notre existence, il en est le véritable symbole»
Gustave Malher en 1907
Gustav Malher
Gustav Mahler voit le jour le 7 juillet 1860 dans une famille juive du village de Kaliště en Bohême.
« Je suis trois fois étranger sur la terre! Comme natif de Bohême en Autriche, comme Autrichien en Allemagne, comme juif dans le monde entier», dit-il.
Dès sa jeunesse, le mysticisme catholique attire beaucoup Mahler alors que les rituels juifs le laisseront toujours indifférent.
«Il aimait l'odeur de l'encens et les chants grégoriens et ne pouvait jamais passer devant une église sans y entrer».
Il se fait baptiser à Hambourg au début de 1897, mais la question juive le touche de près, notamment lorsque Cosima Wagner tente d'annuler son engagement à Vienne alors qu'il vénère et défend son mari.
Selon le peintre et décorateur Alfred Roller, il ne cachera jamais son origine juive, mais ne s'en vante pas particulièrement et, à la fin de son mandat à l'opéra de Vienne, il a certainement souffert de l'antisémitisme larvé ou déclaré d'une partie du public.
Sa musique fut bannie sous le IIIe Reich. L'inspiration chrétienne se fait jour dans les Symphonies n°2 et 8 alors que l'élément juif est plus difficile à cerner.
Je pense que si la religion catholique était si tordue, si sévère et si coincée, comme l'affirme les « libres penseurs et les athées de tous poils » croyez-vous que tous ces grands penseurs et musiciens, s'y seraient convertis et certains au risque de leur vie ?
N'est-ce pas plutôt parce que cette religion transcende le long chemin de la vie et donne de l'espoir, mais comme le dit si bien Paul Claudel, elle appelle aussi à se dépasser, c'est là que le bât blesse c'est pourquoi certains s'y refusent et préfèrent rester englués dans leur douillet petit train-train !
Livia