« Les souvenirs d’enfance ressemblent aux flammes des bougies qui brûlent dans l’étendue nocturne, et font surgir de l’obscurité des figures immobiles… »
Carson Mac Cullers (Le cœur hypothéqué)
Feux d’artifices du 14 juillet…
(image internet)
Les mémoires d’un chien…
J’adore me promener, sortir, rencontrer des gens, leur courir après pour jouer, mais s’ils ne me plaisent pas : je ne me contrôle plus, et je mords sans plus de façons !
De ce fait, ma famille humaine, évite de me sortir, mais j’arrive souvent à déjouer leur vigilance et m’évade, en me faufilant entre leurs jambes, sans leur laisser le temps de dire ouf !
Me voici donc dehors, en ce début de nuit du 14 juillet, c’est une nuit chaude, avec un ciel bleu piqué d’étoiles, la joie est distillée par la musique qui sourd des micros placés sur les montants du kiosque à musique au milieu de la Place de la victoire…
La rue qui y conduit, est très animée, le nez en l’air, je trotte devant, loin d’eux, ils seraient capables de me faire rentrer à la maison, ces sans- cœur !
Tout le monde se connaît, se congratule, s’embrasse et papote, des petits groupes se forment, et tous se rendent sur cette place, déjà noire de monde, pour admirer le « feu d’artifice »… à dire vrai, je ne sais pas trop ce que c’est, mais j’ai bien l’intention de m’amuser ce soir !
Tiens, çà bouge là-bas ! Et puis tout à coup le ciel s’illumine, de rouge de bleu de vert ! Des ah ! et des Oh ! s’élèvent de la foule en extase ! J’avoue que cela me laisse un peu indifférent, je continue donc ma promenade à la recherche de copains à quatre pattes, mais un sifflement se fait entendre, suivit d’un coup de canon.
- « Tous aux abris » !
Je prends mes pattes à mon coup et galope comme un dératé vers la maison, d’un coup de patte j’ouvre la porte, grimpe quatre à quatre les deux étages, pour m’éloigner le plus possible et me mettre à l’abri.
Je rentre sous le lit de Marie, et la tête entre les pattes, j’essaye de reprendre mon souffle, mon cœur bat à cent à l’heure, et mon corps tremble comme une feuille.
La canonnade continue, je suis si effrayé que je m’incruste littéralement dans le parquet, une vraie loque
Plus tard, lorsque Marie est rentré, elle est venue directement à sa chambre, s’est penchée vers moi, et a m’a prié de sortir le danger étant passé. Que nenni ! J’y suis bien, j’y passerai la nuit. Les caresses, les sourires et les promesses n’y feront rien ! Je ne bougerai pas !
Je l’avoue sans honte, j’ai encore peur. Marie n’insiste pas et chantonne en se déshabillant…
Mais comment peut-elle chanter ? N’a-t-elle pas entendu le canon gronder ? Mais les humains sont si inconséquents !
Tout s’est tu, à présent plus de bruit, la nuit enveloppe la ville endormie, mon corps se détend, et je sombre dans un sommeil agité.
Parole de chien, je n’irai plus jamais regarder les feux d’artifice !
Pacha
Une parole de chien jamais tenue !
Ce chien était impossible, mais si sympathique et si aimant, que nous lui avons souvent pardonné et avons passé l’éponge sur moult de ses bêtises.
Quand il voulait sortir, Mr nous filait entre les jambes, et une fois dehors, courait très vite et maintenait entre nous une certaine distance qui ne nous permettait pas de le rattraper …
Il nous a accompagné deux fois sur la Place de la victoire, le soir du 14 juillet, et les deux fois au premier coup d’une fusée éclatant dans le ciel, il est retourné ventre à terre à la maison et a été se cacher au deuxième étage sous un lit, persuadé, qu’ayant beaucoup couru, il avait mis une grande distance entre lui et le bruit, il y restait toute la nuit, personne n’a jamais pu le déloger…
Ce cher Pacha, nous a beaucoup fait rire !
Tous les ans, invariablement, le 14 juillet, je repense à lui …
Je garde de ce chien, jusqu’à aujourd’hui un souvenir amusé
J’espère qu’il est plus sage au Paradis des animaux, sous la houlette de Saint François.
Liviaaugustae