Je vous propose aujourd'hui d'aller à la découverte de notre patrimoine, pour admirer les plus beaux orgues de nos églises de France et de Navarre, dans un tourbillon d'ors et de bleus...
[…] S’il est un instrument qui surpasse, en majesté et en complexité tous les autres, c’est bien l’orgue, masculin au singulier alors qu’au pluriel on parlera de belles orgues…
Ces orgues installées en hauteur, dont la structure en menuiserie appelée buffet sera toujours plus raffinée, rivalisent en virtuosité sous les doigts des artisans qui les élaborent et que l’on nomme facteurs d'orgues. […]
[…] Les compositions pour orgue du grand pianiste Franz Liszt ont longtemps été méconnues, au profit de ses pièces pour piano ayant consacré sa si légendaire virtuosité. Pourtant, c’est un aspect plus secret de ce génie romantique du XIXe siècle qui se révèle dans ses compositions pour orgue. Cette âme éprise de Dieu qui allait se tourner vers les ordres dans les dernières années de sa vie, et que l’on surnommera alors l’abbé Liszt, écrira, en effet, des pages somptueuses pour l’instrument qu’il chérissait. Qu’il s’agisse de l’Ave Maria d’Arcadelt, du recueil de Noëls Weihnachtsbaum, de la sublime Évocation à la Chapelle Sixtine lors de son séjour à Rome, de la prière Ave Maris Stella, et de bien d’autres œuvres encore inspirées, Liszt délaissera à l’orgue quelque peu sa légendaire virtuosité pour permettre à toute la beauté de l’instrument d’exprimer cette rare intériorité tendue vers le divin – même si certaines compositions pour orgue sont d’une redoutable difficulté ![...]
Philippe-Emmanuel Krautter
Pour écouter le magnifiques Ave Maria d'Arcadelt, clic sur le lien ci-dessous :
https://www.youtube.com/watch?v=SD2Lh6m70Is
Cathédrale de Strasbourg
Accroché en nid d'hirondelle du côté nord de la deuxième travée de la nef, l'instrument attire l'attention par son Buffet polychrome, mêlant le rouge, le vert, le bleu et les dorures. Il y a un Positif de dos, accroché à une petite tribune. Celle-ci est terminée par un pendentif richement orné, flanqué de deux célèbres automates : le Héraut et le Bretzelmann. A l'autre extrémité, les couronnements de son sommet se perdent dans les hauteurs, sous la voûte.
Le Buffet, prismatique (de plan semi-hexagonal), est authentiquement gothique (15 ème siècle), comme les couronnements, une partie des tuyaux de façade et bien sûr le pendentif, qui est encore plus ancien. Les Jouées le sont moins (elles datent du 18 ème) : on imagine l'orgue avec des panneaux peints permettant le de fermer pendant le carême.
Eglise Notre Dame de Caudebec-en-Caux
Cette église du XVe siècle possède un orgue remarquable de style Renaissance posé sur une grande tribune de marbre blanc. Henri IV dit en la voyant : « C'est la plus belle église de mon royaume »
Cathédrale de Rodez
La cathédrale abrite un superbe buffet renaissance d'un équilibre parfait, s'inscrivant dans l'arc du transept nord.
À l'origine, l'orgue, de la cathédrale Notre Dame, de Rodez était du Facteur d'orgue parisien "Jean Baptiste Stoltz", de style, pré-romantique (fin du XVIe siècle et début du XVIIe siècle).
Un document daté du 23 novembre 1629 donne le nom du facteur d'orgue Antoine Vernholes de Poitiers, avec le concours de Raymond Gusmond, maître sculpteur de Périgueux, qui a réalisé le buffet. Les travaux ont commencé en 1628 avec la participation de Germain Cayron, de Rodez, pour la décoration de la tribune. Les travaux ont été achevés en 1631.
Eglise Saint Louis de la Flèche
À l'extrémité ouest de la nef, la tribune d'orgues se compose d'une baie centrale à arc surbaissé et de deux trompes coniques. L'ensemble repose sur deux piliers carrés ornés d'atlantes. Commandée en 1637 à l'architecte fléchois Jacques Nadreau, la construction de la tribune s'étale sur trois ans. L'orgue, dont le facteur est inconnu, est composé de deux parties : un positif enchâssé dans le balcon central de la tribune, ainsi qu'un grand orgue placé contre le mur de la nef. La partie musicale de l'orgue compte 2 400 tuyaux, dont certains datent du XVIIe siècle. Le buffet d'orgue est exécuté en 1638 par les menuisiers angevins Pierre Frileux et Pierre Cornet dans un style baroque aux décors foisonnant mêlant anges, mascarons, rinceaux et cornes d'abondances sculptés dans le bois. Le décor mural, derrière l'orgue, se compose de fleurs de lys et des monigrammes des rois Henri IV et Louis XIII dorés et surmontés d'une couronne, sur un fond bleu...
Cathédrale Saint-Théodorit d'Uzès
Réputées pour leur double buffet du XVIIe siècle, peint et doré, encore pourvu de ses volets originels (cas unique en France avec celui du triforium de la Cathédrale de Metz), leur partie instrumentale est aussi célèbre et témoigne d'une des plus belles réussites de l'administration des Monuments Historiques en matière de restauration d'orgues.
Cathédrale Sainte-Cécile d'Albi
Tônant au-dessus de la fresque du Jugement dernier, l'orgue du XVIIIe siècle réalisé par le facteur d'orgue Christophe Moucherel est sans conteste, l'un des plus beaux de France.
Ces nombreuses tourelles sont surmontées d'angelots musiciens
Cathédrale Sainte Croix de Bordeaux
En 1730, les moines de Sainte-Croix dotent l’église d’un nouvel orgue bien plus imposant. La réalisation de ce chef-d’œuvre est due à l’arrivée de dom François Bedos de Celles quinze années plus tard. Ce moine bénédictin, théoricien et facteur d’orgues résidant à l'abbatiale Sainte-Croix en sa qualité de secrétaire, construit un des plus grands orgues classiques français. Cet orgue de seize pieds est réalisé en trois ans et se compose alors de 45 jeux répartis sur cinq claviers et un pédalier.