Une double page de la Bible de
Saint Louis Roi de France.
« Le
passé c’est ce qui empêche l’avenir d’être n’importe quoi. »
(Jean
d’Ormesson)
Le
sophisme courant des gens qui ont adopté le baragouin contemporain et s’en font les prosélytes est qu’une langue ne peut que « s’enrichir », comme ils disent, des apports extérieurs.
Certes, mais à condition que ces apports soient peu nombreux, afin que la langue ainsi nourrit les digère à loisir, non pas si on les déverse par tombereaux. La langue, comme la nature selon
Leibniz, ne saurait faire de saut, « non facit saltus ». Elle ignore les mutations brusques et les métamorphoses. Tout en elle se modifie lentement, selon de vieux processus
génétiques ; sinon les monstres ne tardent pas à apparaître. Les lexicographes, jadis, étaient de sourcilleux gardiens : à tant faire qu’ils admissent un mot nouveau, celui-ci devait
prouver quarante ans d’ancienneté pour le moins ; maintenant, ils mettent un point d’honneur à n’être que les journalistes du langage : c’est à qui attrapera le premier la moindre
scie américaine ou argotique fraîchement éclose dans la publicité ou les plus anodins échanges de propos, et qui la consacrera dans ses colonnes, sous couleurs qu’il est essentiel de suivre pas
à pas « l’évolution de la langue ». Il est étrange que personne ne songe à réfuter ces niaiseries, ce qui serait pourtant facile.
Jean
DUTOUR :
Extrait
de « A la recherche du français perdu »