Un des nombreux chats, des ruines
antiques, sur la mosaïque des thermes de Caracalla.
Le grand Pompée, environ 50 avant
J.C.
(Copenhague Ny Carlsberg Glyptotek)
Les chats, apportés d’Egypte à Rome, assurent-on, par le grand Pompée, venaient à moi, cauteleux et précis, naissant des buissons et des ruines. Et glissaient les fantômes de ces gloires endormies, qui ne revivaient là que pour moi, l’espace d’une heure. L’espace d’une vie puisqu’ils me hantent depuis les temps presqu’aussi lointains de mon lycée bordelais.
L’Eglise Saint Laurent in Miranda, dans
le Temple d’Antonin et de Faustine.
(Rome Forum)
Une église charmante s’inscrivait, incongrue, dans le quadrilatère impeccable du Temple d’Antonin et de Faustine, me rappelant, comme chaque fois, qu’une civilisation chasse l’autre, depuis toujours. Qui va chasser la nôtre ? « Les civilisations sont mortelles », on le répète depuis Paul Valéry. Mais un Gallo-Romain du Ve siècle l’a dit avant lui, Namatianus. Il était bien placé pour le savoir, puisque les barbares étaient déjà un peu partout dans l’Empire, tandis qu’il quittait Rome, le cœur serré, pour n’y plus revenir. On craint toujours de ne plus revoir Rome. Du Grand Pompée à Berlusconi – c’était déjà lui en ces jours-là -, je me disais que demeuraient au moins les chats. Quel regard se portera, dans quelques millénaires, sur nos vestiges ? Je veux croire qu’il y aura encore des chats.
Lucien Jerphagnon.
Extrait de : De l’amour, de la mort, de Dieu et autres bagatelles.