En explorant ma bibliothèque, j’ai eu envie de relire Barjavel !
René BARJAVEL en 1943, écrivit ce livre.
Nous voilà au XXIe siècle, au carrefour des chemins, allons-nous continuer à construire nos tours, toujours plus hautes, toujours plus électrifiées, toujours plus sophistiquées ?
Et si ce que Barjavel, le visionnaire, décrit dans Ravage, arrivait … ?
[…] Tout cela, dit-il, est notre faute. Les hommes ont libéré les forces terribles que la nature tenait enfermées avec précaution. Ils ont cru s’en rendre maîtres. Ils ont nommé cela le Progrès. C’est un progrès accéléré vers la mort. Ils emploient pendant quelque temps ces forces pour construire, puis un beau jour, parce que les hommes sont des hommes, c’est-à-dire des êtres chez qui le mal domine le bien, parce que le progrès moral de ces hommes est loin d’avoir été aussi rapide que le progrès de leur science, ils tournent celle-ci vers la destruction. […]
[…] Et d’un seul coup, comme une pierre le noir tomba. Le poste, les lumières du plafond, tout, à la fois s’éteignit.
« Zut, mon disjoncteur a sauté, c’est bien le moment ! Jura Legrand. » Il se leva. Il se dirigeait à tâtons, se cognait contre les meubles.
« Tais-toi ! dit François. Ecoute… »
Il y avait quelque chose d’anormal dans l’air. Il semblait que la lumière avait emporté, en disparaissant, tout le monde extérieur. François et son hôte se sentaient comme isolés au sommet de quelque montagne, dans l’immense vide du ciel.
« La rue…, souffla François. »
Il parvint à la fenêtre, tira les rideaux, ouvrit la croisée, se pencha, bientôt rejoint par Legrand. L’obscurité noyait la ville. Et tout bruit était mort. […]
[…] Les esprits ne pouvaient pas comprendre encore, ni même imaginer quel bouleversant changement venait de se produire au sein de la nature, et formulaient en eux-mêmes une réponse rassurante, la seule qui leur semblât logique.
« De toute façon, çà ne peut pas durer. Tout recommencera comme avant, dans quelques instants, tout de suite… »
Mais les instants passaient, et la lumière ne revenait pas. L’angoisse serrait les cœurs. Si les esprits ne comprenaient pas le phénomène, les nerfs en sentaient la gravité. […]
[…]François se mit à rire, mais une rafale de vent lui fit courber le dos.
Une ombre passa sur la lune et s’abattit aves fracas au milieu du boulevard. Un avion venait de tomber [
[…] Leur moteur arrêtés comme ceux des voitures, les milliers d’avions qui survolaient Paris étaient en train de regagner le sol par la voie la plus courte. Ils n’obéissaient plus qu’aux lois de la pesanteur, ils tombaient sur la ville comme des pierres. […]
[…] Il allait moins vite qu’il ne l’avait escompté. Il montait depuis vingt minutes, et ne se trouvait encore qu’au vingt-cinquième étage. […]
Extraits de : Ravage de Barjavel.