Par Liviaaugustae
Le livre posthume de Jacqueline de Romilly, est une symphonie d’Amour, d’Amitié et d’Admiration envers Jeanne, sa mère qui l’a élevée seule, son père étant décédé en 14/18, alors qu’elle n’était qu’une toute petite fille.
[…] Je la revois quand elle sortait le soir et qu’elle venait me dire bonsoir : l’émerveillement de Proust en pareille circonstance n’était rien à côté du mien. Je ma rappelle les robes d’alors, mi-longues, les longs décolletés souples, vagues, les grands colliers… Ou peut-être n’ai-je à moi, vraiment, qu’un souvenir de parfum, de tendresse et de poudre de riz, avec le contact des mains fraîches aux jolies bagues sans valeur… Mais c’est qu’elle voulait être élégante, séduisante, charmante, tout en restant transparente et rieuse comme une jeune fille. […]
[…] J’ai déjà comparé sa vaillance à une flamme. La comparaison me revient à chaque instant ; et elle peut paraître bizarre. Car l’idée de quelque chose de droit, que rien ne peut courber, s’accorde mal avec la flamme : une flamme se courbe sans cesse, se retourne toute en souplesse. Alors pourquoi ? Pourquoi, sinon parce que la flamme suggère la parfaite pureté, l’absence de lourdeur, de scories, de malpropretés. Jeanne avait la souplesse rieuse de la flamme, mais elle en avait aussi l’éclat et l’absolue pureté ; […]
[…] Elle avait des bijoux fantaisie, mais j’eu un collier d’or, que je porte encore aujourd’hui, que je n’ai jamais quitté.
La façon dont je l’eu illustre à merveille ce que Jeanne attendait de l’argent. L’épisode prit place quelques années plus tard : je devais avoir quatorze ou quinze ans. Mais il aurait pu prendre place n’importe quand, une fois Jeanne riche… J’étais allé passer la fin de l’après-midi chez ma petite amie Antoinette… Elle avait un petit collier de perles d’or, qu’elle me fit essayer ; elle trouva qu’il m’allait si bien qu’elle voulut me le faire emporter au cou, pour que Jeanne pût l’admirer. Je devais être étonnamment fière, et cette fierté émut Jeanne. Le lendemain soir, elle avait fait les grands bijoutiers de Paris et une boîte m’attendait : un collier d’or, pareil à celui d’Antoinette, à cela que les près que les perles étaient d’or plein et de taille inégale, comme un collier de perles – à cela près, donc, qu’il était encore plus beau ! J’écris cette histoire un demi- siècle plus tard ; mais ce collier n’a jamais quitté mon cou depuis lors […]
Extraits de : JEANNE.
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