Par Liviaaugustae
LE FRANCAIS…
La musique de notre langue…
« La France n’est pas n’importe quel peuplade ; depuis mille ans, elle entend une certaine musique et la chante de façon plus ou moins harmonieuse selon ses capacités. Cette musique à fini par imprégner son âme tout comme l’âme d’un parisien est modelée par les monuments de sa ville, par le Musée du Louvre, n’y eut-il jamais mis les pieds, la Place de la Concorde, les Buttes Chaumont, la rue du Cherche-Midi. Remplacer un mot français par une des ordures linguistiques actuelles, cela revient à commettre un acte de vandalisme comme de casser le bras d’une statue ou de barbouiller de peinture (taguer pour user du vocabulaire cosmopolite) la noble porte cochère d’un hôtel du XVIIe siècle. La langue Française, depuis une trentaine d’années, s’est couverte de tags, elle offre l’aspect anarchiquement bariolé des gribouillis incompréhensibles dont est assailli dans les rues de nos cités. Autrefois, du temps de la vieille civilisation, quand on apercevait un graffiti quelque part, quelqu’un ne manquait jamais de déclarer que le propre des imbéciles était de marquer partout leur passage. Mon Dieu ! Que ces graffitis, tracés à la craie généralement, paraissent attendrissants aujourd’hui ! Même les cœurs percés d’une flèche (à Loulou pour la vie) gravé au canif sur l’écorce des arbres avaient leur poésie. L’arbre n’en mourait pas.
Aujourd’hui, les arbres sont abattus à la tronçonneuse et les tags sont indélébiles. Ils ont même une espèce de légitimité, puisqu’un ministre, dit de la culture, les encouragea naguère, comme étant le dernier cri de l’art ou de la sensibilité contemporaine… »
Jean DUTOURD
Extrait de : A la recherche du Français perdu.
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