Par Liviaaugustae
PATRIMOINE LITTERAIRE
Charles de Gaulle.
Sa « certaine idée de la France » fit souvent considérer qu’il préférait celle-ci aux Français. C’est oublier combien leur unité fut son obsession à l’instar de Péguy.
Heurs et malheurs de l’unité de la France.
Toute ma vie je me suis fait une certaine idée de la France. Le sentiment me l’inspire aussi bien que la raison. Ce qu’il y a, en moi, d’affectif imagine naturellement la France, telle la princesse des contes ou la madone aux fresques des murs, comme vouée à une destinée exceptionnelle. J’ai, d’instinct, l’impression que la Providence l’a créée pour des succès achevés ou des malheurs exemplaires. S’il advient que la médiocrité marque, pourtant, ses faits et gestes, j’en éprouve la sensation d’une absurde anomalie, imputable aux fautes des français, non au génie de la patrie. Mais aussi, le côté positif de mon esprit me convainc que la France n’est réellement elle-même qu’au premier rang ;
Que, seules de vastes entreprises sont susceptibles de compenser les ferments de dispersion que son peuple porte en lui-même : que notre pays, tel qu’il est, parmi les autres, tels qu’ils sont, doit sous peine de danger mortel, viser haut et se tenir droit. Bref, à mon sens, la France ne peut-être la France sans la grandeur.
Et des français.
Le 14 juin 1944, en descendant les Champs-Elysée.
Il se passe, en ce moment, un de ces miracles de la conscience nationale, un de ces gestes de la France, qui parfois au long des siècles, viennent illuminer notre histoire. Dans cette communauté, qui n’est qu’une seule pensée, un seul élan, un seul cri, les différences s’effacent, les individus disparaissent.
Innombrables français dont je m’approche tour à tour de l’Etoile, au Ront-Point, à la Concorde, devant l’hôtel de ville, sur le parvis de la cathédrale, si vous saviez comme vous êtes pareils ! Vous les enfants si pâles qui trépigniez et criez de joie ; vous, les femmes, portant tant de chagrins, qui me jetez vivats et sourires ; vous, les hommes, inondés d’une fierté longtemps oubliée, qui me criez votre merci ; vous, les vieilles gens, qui me faites l’honneur de vos larmes, ah ! Comme vous vous ressemblez ! Et moi, au centre de ce déchaînement, je me sens remplir une fonction qui dépasse de très haut ma personne, servir d’instrument au destin.
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