Eklablog Tous les blogs Top blogs Mode, Art & Design Tous les blogs Mode, Art & Design
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Publicité

Patrimoine.

 

 

 

 

 

 

PATRIMOINE LITTERAIRE

 

 

 

 

numérisation0003

Georges Bernanos.

 

Etre français, comme être chrétien, cela ne s’explique pas. Cela se vit à travers les liens aussi puissants qu’invisibles qui nous relient  aux aïeux.

 

 

« Serrer les dents »

 

 

Nous tenons au passé par des liens plus forts et plus étroits qu’aucune autre nation, mais ils restent invisibles. […] Nous ne nous jugeons pas quitte envers le passé parce que nous le traitons de « bon vieux temps », avec une indulgence protectrice. Si nous le diffamons parfois, c’est à la manière qu’un chrétien blasphème. Ce passé ressemble trop à notre propre conscience, il est notre conscience même […]

Il n’y a pas d’honneur à être français, nulle gloriole. Et qu’on veuille bien me permettre une fois de le dire, dans le même sens : il n’y a pas non plus d’honneur à être chrétien. Nous n’avons pas choisi.  « Je suis chrétien, révérez-moi », s’écrient à l’envie les princes de prêtres, les scribes et les pharisiens. Il faudrait dire plutôt plus humblement « Je suis chrétien, priez pour moi ! » Lorsqu’on à déjà tant de mal à être français, le moindre retour complaisant sur nous-mêmes, le plus furtif  regard jeté sur l’abîme des siècles qui, à notre droite et à notre gauche, nous sépare des aïeux, risque de nous donner le vertige. Quoi ! Nous sommes déjà si loin, si seuls ?

Ils ne peuvent plus nous entendre, le cri d’angoisse que nous jetterions vers eux serait à l’instant pris sur nos lèvres, englouti. Eh bien, ne crions pas, serrons les dents. Gardons-nous de mesurer la largeur de la route. Ce que nous tentons aujourd’hui, d’autres le firent, en leur temps, en leur lieu, et ils ne savaient pas plus long que nous.

Qu’une nation naisse et demeure, ce n’est  qu’un miracle de Dieu, un doux miracle. Nous sommes dans cette grande aventure parce que Dieu nous y a mis. Au fond de nos cœurs, nous aurions probablement préféré qu’on nous laissât tranquilles, qu’on ne nous parlât jamais de notre enfance, un jour entre les jours, un jour comme les autres, alors que nous attendions on ne sait quel prodige, une voix si simple, […] une voix à peine distincte des autres voix familières, qui nous disait : « Tu es français. Et maintenant, marche, mon bonhomme, va de l’avant, ne t’arrête pas. Je t’expliquerai après. Tu me retrouveras à l’heure de ta mort ? Et à ce moment-là, regarde-moi bien en face : je ne te faillirai pas, mon garçon… »

GEORGES BERNANOS extrait de : Nous autres français (1939)

 

Le spectacle du Monde : décembre 2010.

 

 

 

 

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article