Par Liviaaugustae
PATRIMOINE LITTERAIRE
Joachim du Bellay.
Cinq siècles avant Michelet, l’auteur des regrets pense déjà à la France comme à une personne. Un long voyage d’études en Italie, destiné à parfaire sa culture antique, lui fait sentir combien il reste lié à sa terre natale.
LES REGRETS (1558)
France, mère des arts, des armes et des lois,
Tu m’as nourri longtemps du lait de ta mamelle :
Ores, comme un agneau qui sa nourrice appelle,
Je remplis de ton nom les antres et les bois.
Si tu m’as pour enfant avoué quelquefois,
Que ne me réponds-tu maintenant, ô cruelle ?
France, France, répond à ma triste querelle.
Mais nul, sinon Echo, ne répond à ma voix.
Entre les loups cruels j’erre parmi la plaine,
Je sens venir l’hiver, de qui la froide haleine
D’une tremblante horreur fait hérisser ma peau.
Las, tes autres agneaux n’ont faute de pâture,
Ils ne craignent le loup, le vent ni la froidure :
Si ne suis-je pourtant le pire du troupeau.
JOACHIM DU BELLAY
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