Par Liviaaugustae
PATRIMOINE LITTERAIRE
Charles Péguy.
Et si l’opposition entre république et monarchie était secondaire ?
Pour celui qui souhaitait que la première devienne à jamais « notre royaume de France », l’essentiel était que la mystique prime sur la politique.
La France, les barbares, les héros et les Saints…
Aussitôt après nous, commence un autre âge, un tout autre monde, le monde de ceux qui ne croient plus à rien, qui s’en font gloire et orgueil. Aussitôt après nous commence le monde que nous avons nommé, que nous ne cesserons de nommer le monde moderne. Le monde qui fait le malin. Le monde des intelligents, des avancés, de ceux qui savent, de ceux à qui on n’en remontre pas, de ceux à qui on n’en fait pas accroire. Le monde de ceux à qui on n’a plus rien à apprendre. […] C’est-à-dire : le monde de ceux qui ne croient à rien, pas même à l’athéisme, qui ne se dévouent, qui ne se sacrifient à rien. Exactement : le monde de ceux qui n’ont pas de mystique. Et qui s’en vantent. Qu’on ne s’y trompe pas, le mouvement de « dérépublicanisation » de la France est profondément le même que le mouvement de sa « déchristianisation ». C’est ensemble un même et seul mouvement de démystication. C’est du même mouvement profond, d’un seul mouvement, que ce peuple ne croit plus à la République et qu’il ne croit plus à Dieu, qu’il ne veut plus mener la vie républicaine, et qu’il ne veut plus mener la vie chrétienne (qu’il en a assez), on pourrait presque dire qu’il ne veut plus croire aux idoles et qu’il ne veut plus croire au vrai Dieu. La même incrédulité, une seule incrédulité atteint les idoles et Dieu, atteint ensemble les faux dieux et le vrai Dieu, les dieux antiques, le Dieu nouveau, les dieux anciens et le Dieu des chrétiens. Une même stérilité dessèche la cité chrétienne. La cité politique et la cité de Dieu. C’est proprement la stérilité moderne […]
Le débat n’est pas entre les héros et les saints ; le combat est contre les intellectuels, contre ceux qui méprisent également les héros et les saints.
Le débat n’est point entre ces deux ordres de (la grandeur). Le combat est contre ceux qui haïssent la grandeur même, qui haïssent également l’une et l’autre grandeur, qui se font les tenants officiels de la petitesse, de la bassesse, et de la vilenie.
CHARLES PEGUY extrait de : Notre jeunesse, les cahiers de la quinzaine (1910)
Le Spectacle du Monde de décembre 2010.
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