THEODORE BOTREL
(Chansonnier français Dinan, 1868 Pont-Aven, 1925)
« Une inspiration qui allie la tendresse à une mélancolie délicate caractérise les nombreux recueils de chansons qui firent sa popularité, bien au-delà de sa Bretagne natale, aux premières années du siècle. » (Le Robert des noms propres)
Ajoncs de Bretagne
« Me gar va lheuz alaouret »
J’aime mon talus aux ajoncs dorés.
(Chanson populaire)
LE PETIT GREGOIRE
La maman du petit homme
Lui dit un matin
« A seize ans t’es haut tout comme
Notre huche à pain »
A la ville tu peux faire
Un bon apprenti.
Mais pour labourer la terre,
« T’es ben trop petit, mon ami
T’es ben trop petit, dame oui. »
Vit un maître d’équipage
Qui lui rit au nez,
En lui disant « point n’engage
Les tous nouveaux nés.
Tu n’as pas laide frimousse,
Mais t’es mal bâti,
Pour faire un tout petit mousse
T’es encore trop petit mon ami
T’es encore trop petit dame oui. »
Dans son palais de Versailles,
Fût trouver le roi.
« Je suis gars de Cornouailles,
Sire équipez moi. »
Mais le bon roi Louis XVI
En riant lui dit :
« Pour être garde française,
T’es ben trop petit, mon ami,
T’es ben trop petit, dame oui. »
La guerre éclate en Bretagne,
Au printemps suivant.
Et Grégoire entre en campagne
Avec Jean Chouan.
Les balles passaient nombreuses
Au-dessus de lui,
En sifflotant dédaigneuses
« Il est ben trop petit ce joli
Il est trop petit dame oui. »
Cependant une le frappe
Entre les deux yeux.
Par le trou l’âme s’échappe
Grégoire est aux cieux.
Là, Saint Pierre, qu’il dérange,
Lui dit « Hors d’ici,
Il nous faut un grand archange,
T’es ben trop petit mon ami
T’es ben trop petit, dame oui. »
Mais en apprenant la chose,
Jésus se fâcha.
Entrouvrit son manteau rose,
Pour qu’il s’y cacha,
Fit entrer ainsi Grégoire dans son paradis,
En disant « mon ciel de gloire
En vérité, je vous le dit
Est pour les petits, dame oui. »