Par Liviaaugustae
Soins maternelles par Devèria.
ELLE L’ADMIRE, ELLE TREMBLE.
Rien de plus joli, rien de plus touchant que l’embarras d’une jeune mère, toute neuve à la maternité, pour manier son enfant, l’amuser, le faire jouer, entrer en communication avec lui. Elle ne sait pas trop bien par où prendre le bijou, l’être adoré, mystérieux, la vivante énigme, qui gît là et semble attendre qu’on le remue, qu’on devine ses désirs, ses volontés. Elle l’admire, elle tourne autour, elle tremble de le toucher trop fort. Elle le fait prendre par sa mère. Son admirable gaucherie fait sourire le témoin discret qui les observe en silence.
Il est des mères tellement idolâtres, tellement perdues dans l’extase de cette contemplation, qu’elles resteraient tout le jour à genoux devant leur enfant. Par le lait, par le regard, quelque petit chant de nourrice, elles se sentent unies avec lui, et n’en demandent pas plus. Ce n’est pas assez ; l’union est bien plus encore dans la volonté agissante, dans le concours d’actions. S’il n’agit avec toi, sauras-tu s’il t’aime ?
C’est le jeu qui va créer entre vous ce rapprochement plus intime que l’allaitement même, et qui aura tous les effets d’un allaitement de l’esprit.
Eveille en jouant, sa jeune âme, sa pensée, sa volonté.
En lui repose une personne, évoque-la.
Et tu auras ce
bonheur que cette âme et cette personne, ce désir et ce vouloir, n’auront d’abord d’autre but que toi-même.
Sa liberté, aidée de toi, n’aura son premier élan que pour retourner à toi…
Ah ! qu’il a raison ! et que tous, après avoir traversé les faux bonheurs de ce monde, nous retournerions volontiers vers le paradis maternel !
Sortis du sein de la femme, notre ciel d’ici-bas n’est autre que de revenir à son sein.
JULES MICHELET
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