Le calendrier nous donne avec précision, la date, (23 septembre) et même l’heure, (3h09) où l’automne, devrait faire son apparition, mais la nature n’en a cure.
Déjà, les arbres du boulevard se parent d’or, et le marronnier au fond du jardin, a déjà revêtu son habit de lumière avant de se retrouver nu quand l’hiver sera venu !
Paul Géraldy, a chanté l’automne avec son élégance et son charme habituels.
TE REVOILA, LEGER…
Te revoilà, léger, délicat, salutaire,
Avec ton air de conte bleu,
Ton goût de châtaigne et de terre, automne !
Eh quoi, déjà ! On redoutait un peu ton retour, rameneur des manteaux et des châles.
On trouvait qu’à la grille et sur la pergola
La vigne roussissait trop vite… Et te revoilà,
Avec tes jours trop courts et tes soleils trop pâles,
Et, tout de même on est content que tu sois là.
Il n’y a pas longtemps que l’on sait ta présence.
Un soir, il nous sembla que l’air était plus doux
Et que la promenade avait plus d’importance.
C’est toi qui revenais, fidèle au rendez-vous,
Et te laissais glisser mollement des branchages.
Et la vie est déjà différente. On comprend plus de chose.
Les yeux des femmes sont plus grands.
Elles ont beau rester penchées sur leur ouvrage,
Leur application n’est pas franche.
On dirait que leurs yeux attentifs cachent des cœurs distraits.
Etre silencieux n’est pas être plus sage.
Oui, toutes, vous avez des regards plus profonds.
Vous devenez observatrices.
Vous nous dites le nom d’un arbre au bruit que font ses hautes feuilles qui s’agitent.
Suzanne a relevé son aiguille.
Elle suit d’une oreille attentive et pourtant un peu lasse
le nostalgique bruit qui raie au loin la nuit
et dit, soudain rêveuse et lointaine, à voix basse :
« Ah ! Le train vient d’enter sous le tunnel. » Des bruits
Qu’on ne remarquait pas envahissent l’espace
Et résonnent en nous mystérieusement…
Automne, tu es là, léger. Tu nous assiste.
Tu es là, fraternel, exorable et charmant.
Nous allons donc pouvoir à notre aise être triste.
On n’est pas très heureux, tu sais bien.
Le beau temps, l’étude, le travail, l’amitié, l’art, les livres,
L’action, l’intérêt ne comble pas le cœur.
Quand à ce pauvre amour, sans qui l’on ne peut vivre,
On n’est jamais bien sûr que ce soit le bonheur.
Jusqu’à présent, honteux, on cachait sous des rires,
Sous des mots, sous un bruit factice de gaieté,
Ce cœur insatisfait qu’on eut tant aimé dire
Et qu’on ne disait pas par pudeur, par fierté.
Mais depuis ton retour on se cherche, on s’accueille.
On laisse s’évader de soi tous ses secrets.
On écoute bouger l’oiseau, trembler la feuille.
On regarde tomber la feuille qui tremblait.
On sent que tout s’en va vers une fin légère.
On voudrait s’arrêter et goûter cette fin,
Retenir cet instant, fixer cette lumière,
Etre soi-même un peu cette heure et ce jardin…
Le soir descend. Le monde est bleu. Les roses roses sont des lueurs.
Un si grand calme se dépose
Qu’il grise un peu. On sent son cœur à chaque bruit.
Suzanne, toute songe, et qui défend qu’on cause frissonne.
Une fraîcheur qui sent déjà la nuit
La fait serrer contre elle et rehausser son voile.
Une étoile parait… Encore un jour qui fuit…
N’est-ce pas qu’il faut vivre avec douceur, étoile !
JE PARS. IL A PLU HIER…
Je pars. Il a plu hier. Les soirées sont chagrines.
Le vieux noyer répand ses feuilles sur le toit.
L’automne passe par l’auvent, dans la cuisine.
Les Dames du château sont parties. Il fait froid.
Adieu. La voiture est prête au bas du perron.
Le jardinier porte la malle avec la bonne.
Le cheval attelé se secoue, et s’étonne,
Piaffe, et creuse le sol avec son sabot rond.
Je sais un raccourci pour aller à la gare,
A travers bois. C’est le chemin de mes cousines.
On suit l’Airelle, on tourne à gauche, après les mares.
On va par Egriselle et la Haie-Pélerine.
Adieu. Vous baisserez la capote. La porte
Tourne à grand peine sur ses gonds rouillés.
Les roues ont fait des raies sur le gravier mouillé…
Vous balaierez les feuilles mortes !