Je viens de terminer un livre magnifique : Remonter la Marne.
Je vous invite en compagnie de Jean-Paul Kauffmann à faire cette remontée de la Marne : pour admirer les paysages de cette contrée de France – qui fut le théâtre durant la Grande Guerre, de batailles mémorables durant lesquelles sont morts tant d'hommes et de femmes – les paysages défilent sous nos yeux émerveillés, nous éprouvons des sensations nouvelles, mais nous écoutons aussi le chant des oiseaux et les bruits soyeux de l'eau qui court, tandis que la nature prend des teintes d'or et de rubis sous un petit soleil d'automne...
C'est le livre d'un érudit amoureux de la France. Un livre dans lequel, à presque chaque page on rencontre : l'histoire, la littérature, l'art...
Résumé :
Remonter à pied la Marne, depuis sa confluence avec la Seine jusqu'à la source, a été pour Jean-Paul Kauffmann une odyssée à travers les paysages d’une France inconnue. L'aventureuse histoire de notre pays lui est apparue à la lumière du présent. Il y a découvert la France des « conjurateurs », ces indociles qui résistent à la maussaderie et chassent les esprits maléfiques d'aujourd'hui. Remonter la Marne, ce n'est pas revenir en arrière et pleurer le passé, mais plutôt se perdre pour mieux renaître. La marche a permis d’entretenir ce rapport profond au temps, au silence, aux rencontres.
Extraits :
«Plaisir d'être seul, dans une solitude recueillie, non pas replié mais rassemblé en moi-même au plus profond dans un mouvement de confiance et d'intimité avec ce qui m'entourait : les nuages, l'air tiède, les saules blancs, les églantiers bordant la rivière. Et cette lumière insaisissable. Tout cela m'était offert. Je ne voulais pas en perdre une miette. Je savourais le spectacle de cette paix comme un don gratuit, un état de complétude totale... »
« Barrage de Joinville. Ecoulement brutal de la rivière. L'explosion liquide répand un effluve extraordinaire qui n'est autre que l'odeur de l'eau. Un parfum violent, magnétique, peut-être le plus étourdissants des parfums. Il arrive par vagues et saisit frénétiquement l'odorat.... »
« Ce pays possède la grâce. Il a le chic pour ménager une multitude d'interstices, d'infimes espaces permettant de se soustraire à la maussaderie générale. Ce retrait, cette stratégie d'évitement face à l'affliction des temps sont à la portée de tous. Il suffit de ne pas se conformer au jugement des autres, à la prétendue expertise de ceux qui savent... »
«Les femmes du règne de Louis XIII et Louis XIV nous semblent ordinaires, alors que les poètes et les mémorialistes vantaient leur perfection physique. Je suis toujours déçu quand je vois les photos des lionnes de la Belle Epoque, célèbres pour leur séduction. Je n'aperçois que leur maquillage outrancier, leur bouche en cœur, leur corps grassouillet. Que dira-t-on plus tard de nos Jocondes anorexiques ? On le sait, la beauté est le genre de laideur que chaque génération met à la mode... »
« Corrigeant ses épreuves, Flaubert se plaindra auprès de son éditeur : « L'accent circonflexe de Salammbô n'a aucun galbe.. Que serait la forêt sans son couronnement circonflexe ? Et le goût ? Il perdrait toute sa saveur. Sans parler de la fête qui, avec un simple accent grave, ne serait qu'une foire... »
« Vitry, quatorze mille âmes. Où sont-elles passées ? Le mot âme à disparu et ne sert plus pour désigner les habitants des villes et des villages, comme si cet élément immatériel et insaisissable avait cessé d'entrer dans la composition d'un ensemble ou d'une communauté humaine. Avec cette disparition, les lieux ont perdu aussi un peu la leur. Et l'âme de la France ? Elle est en peine. »
J'ai aussi lu : Retour à Birkenau de Ginette Kolinka
En lisant ce livre, on se demande si on ne se trouve pas au cœur d'un cauchemar, l'horreur nous saute aux yeux, elle attend tapie à chaque page, tant les nazis avaient peaufiné les tortures physiques et morales imposées aux prisonniers juifs.
C'est un livre que ma petite fille m'a prêté, elle a rencontré l'auteur dans son lycée, les élèves lui ont posé des questions sur ce camp de la mort dans lequel elle passa quelques années de sa jeune vie, sous la botte des nazis.
Elle dit elle-même qu'en racontant son histoire parfois elle a du mal à comprendre comment elle a pu se sortir de cet enfer-là !
Elle dit aussi que lorsqu'elle emmène les écoliers et lycéens visiter ce camp, elle ne reconnaît pas grand chose, alors que les prisonniers pataugeaient dans la boue et la saleté, les espaces ont été cimentés et des bacs de fleurs égaient le devant des bâtiments... sans doute pour édulcorer le spectre des fours crématoires ?