Le Jugement dernier du tympan de la cathédrale Saint Etienne de Bourges, du XIIIe siècle est l'un des plus beaux au monde.
Quatre anges, de chaque côté du Christ apportent les instruments de la Passion : la couronne d'épines, la croix, la lance et les clous. Le Christ qui revient à la fin des temps pour juger les vivants et les morts n'est pas seulement Juge, il est aussi Sauveur, et montre les plaies de ses mains et de son côté.
A gauche et à droite, deux intercesseurs sont agenouillés et supplient le Christ pour l'humanité : la Vierge et saint Jean l'évangéliste. En effet saint Jean Baptiste, qui y figure le plus souvent, est parfois remplacé au Moyen-Âge par l'évangéliste – à l'église Saint-Sulpice de Favières en Essonne, par exemple, ou celle de Rampillon en Seine-et-Marne.
Au-dessus du Christ, deux anges agenouillés brandissent le soleil – à gauche – et la lune – à droite -, de petit format. En montrant l'astre du jour et celui de la nuit, ils signifient que le temps est définitivement terminé sans retour, et que l'on entre dans l'éternité. Dans l'art byzantin, les anges du Jugement dernier ré enroulent le rouleau du temps : c'est la même idée.
C'est aussi une référence à l'avènement du Fils de l'homme tel que Jésus l'annonce dans saint Mathieu : « Le soleil s'obscurcira, le lune perdra son éclat […] et l'on verra le Fils de l'homme venir sur les nuées du ciel avec puissance et grande gloire. Il enverra ses anges pour rassembler ses élus des qutre coins de l'horizon » (ch.24).
Le registre médian montre l'archange Michel, juvénile, au sourire rayonnant et vêtu seulement d'une ample coule monastique, pesant les bonnes et les mauvaises actions des âmes. Il n'est pas représenté en armure de guerrrier comme on le figurera au XVe et XVIe siècles. Il protège, en lui mettant la main sur la tête, une âme figurée comme un jeune enfant qui attend avec confiance et sérénité, bien qu'il soit convoité de près par un horrible diable ricanant.A gauche, les élus, vêtus comme ils étaient durant leur vie, se dirigent en procession vers la porte du Paradis. Ils sont conduits par un saint contemporain ; saint François d'Assise – mort en 1226 et canonisé en 1228 – dont les mains sont stigmatisées, accompagné par un tout jeune roi adolescent, inspiré de saint Louis qui régnait alors et avait 16 ans. La même année, on fondait à Bourges le couvent des franciscains, dont saint Louis était proche puisque tertiaire franciscain. Tous les personnages sont juvéniles et souriants.
Un ange gardien porte un bébé dans ses bras. Tout à gauche, le Paradis est représenté comme « le sein d'Abraham » : il siège et tient les âmes sur ses genoux dans un linge. Cette iconographie, fondée sur la Bible, est né au IVe siècle dans les monastères des Pères du Désert en Egypte, et est utilisée dans les fresques orthodoxes du Jugement dernier.
A droite, les démons poussent les damnés dans le chaudron infernal, qui lui-même émerge de la gueule du monstre Léviathan. D'autres diables activent les flammes. En Occident l'enfer est uniquement une fournaise. Dnas l'art orthodoxe au contraire, il comporte différents lieux : il y a aussi le froid éternel, l'obscurité totale éternelle...
Le registre inférieur décrit la résurrection des morts. Les couvercles des sarcophages se soulèvent et les morts sortent, jeunes et avec des corps parfaits.
Les cordons des voussures – les arcs brisés entourant le tympan – représentent la hiérarchie céleste : les neuf « chœurs » des anges qui se tiennent éternellement devant le trône de Dieu pour L'adorer et Le louer.
Marie-Gabrielle Leblanc