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Regard sur l'art chrétien...

 

 

 

Regard sur l'art chrétien...

 

La pénitence de Marie-Madeleine

 

Franz Christoph Janneck

 

 

 

On se croirait dans un palais vu par Véronèse. La lumière de la Renaissance vénitienne envahit tout l'espace par la noble colonnade d'ordre ionique, qui s'ouvre sur une autre aile de l'immense palais, et un obélisque qui se dresse tout au fond. La demeure de Simon le pharisien à Béthanie est imaginée très somptueuse, avec ses tentures de satin pourpre, et le dressoir de riches vaisselle d'orfèvrerie à droite, digne du tableau des Noces de Cana par Véronèse. Sur la table, un compotier déborde des fruits les plus délectables : raisins, pêches, oranges, grenades... L'hôte, Simon le pharisien, debout à droite au premier plan, ressemble à un satrape oriental, luxueusement vêtu d'une longue robe mordorée et coiffé d'un turban.

 

Mais l'artiste est loin de se contenter de ce côté brillamment décoratif. La lumière éclaire beaucoup plus les deux protagonistes que le reste des personnages : Jésus, assis à table au centre, et Marie-Madeleine agenouillée devant Lui, lui parfumant et essuyant les pieds. Le pot de parfum précieux est visible sous le pied du Christ. Jésus la regarde avec douceur en souriant. « Ses péchés lui sont pardonnés, parce qu'elle a beaucoup aimé. »

 

Autre détails symboliques : la tenture rouge drapée au-dessus du Christ rappelle la pourpre impériale dans l'Antiquité, et signifie sa divinité. Le buffet dressoir à gradin également, si étonnant que celui puisse paraître. En effet, à l'époque, le nombre de gradins pour exposer sa vaisselle d'orfèvrerie était strictement codifié selon le titre de noblesse.

 

Janneck reprend l'idée de Véronèse : un dressoir si haut qu'il dépasse ceux des princes, parce que ce riche pharisien reçoit le Fils de Dieu en personne. Enfin, les deux marches de pierre, en angle, au tout premier plan, outre la belle profondeur qu'elles donnent à la composition, rappelle que le Christ est la pierre angulaire : son pied est ostensiblement posé sur cette pierre d'angle, et ce n'est pas un hasard.

 

Les apôtres, au contraire, sont vêtus de façon simple, et quelque peu hirsute : de vrais pécheurs de Galilée. Ils font des commentaires hilares et peut-être égrillards sur Marie-Madeleine, l'un l'a montre du doigt en s'esclaffant. Mais le Seigneur bien au contraire, fait comprendre que tout péché regretté reçoit miséricorde.

 

Les quatre évangélistes rapportent cet épisode. Mais si les trois évangiles synoptiques taisent le nom de la courtisane repentie, Jean au contraire précise qu'il s'agit de Marie, sœur de Lazarre, et situe la scène chez eux, à Béthanie également. Nous savons aujourd'hui que plusieurs femmes ont suivies Jésus, et qu'au moins deux d'entre elles ont oint les pieds du Christ ; mais l'art ancien ne connaît qu'une seule Marie-Madeleine en laquelle il rassemble ces personnes.

 

Nous pensons aujourd'hui que Marie à Béthanie, reproduit par dévotion envers Jésus l'action de la pécheresse convertie, en un geste devenue emblématique parmi les amis du Crist. Notre tableau suit saint Luc, qui comme Marc et Mathieu place la scène chez le pharisien Simon.

 

Méconnu en France, l'autrichien Franz Christoph Janneck a peint des tableau religieux sur l'enfance du Christ, des Sainte Familles, des Crucifixions, le fils prodigue, quelques scènes de l'Ancien Testament. Mais aussi des scènes mythologiques, paysages et scènes de compagnies élégantes.

 

La peinture religieuse du XVIIIe siècle est relativement dépréciée à notre époque, on y trouve pourtant d'appréciables pépites avec une belle spiritualité, en particulier dans la peinture française et dans l'art d'Europe Centrale. L'exposition Le baroque des Lumières, il y a trois ans à Paris, avait fait redécouvrir la profondeur de Lemoyne, Restout, Lagrenée... on y décèle comme chez Janneck une piété profonde qui s'exprime par la douceur, mais avec une grande force d'âme et sans mièvrerie.

 

Mari-Gabrielle Leblanc

 

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L
Tout comme toi, Livia ! ces explications nous donnent un éclairage sur ces merveilleux tableaux, indéchiffrables autrement par nous seuls ! Il y faut une belle culture pour y parvenir ... Merci à ton amie Mme Leblanc : j'aime la lire ! et merci à toi<br /> Bisous
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É
Bonjour Chantal. Les explications de ce tableau sont très intéressantes. Bon dimanche et bisous
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E
Une découverte pour moi , merci!<br /> J'avais mis un com hier , je ne le retrouve plus!<br /> Belle journée, bises Livia
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M
j'ai vérifié sur le net et c'est comme je l'avais noté au bas de la page, une intox....chacun,chacune a le droit d'acheter le dentifrice qu'il ou qu'elle désire.....et pour ce peintre  situé un peu loin, je n'en ai jamais entendu parler......belle page, et doux dimanche
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