La châsse de saint Etienne l'une des plus belles châsses médiévales en émail de Limoges, datant du XIIe siècle et conservée dans une église en Corrèze, raconte le martyr de saint Etienne.
- La châsse est réalisée « en œuvre de Limoges », comme on disait au Moyen-Âge, c'est-à-dire en émail et champlevé sur cuivre. L'émail champlevé est différent de la technique du cloisonné, plus ancienne. Il fut inventé et pratiqué à Limoges – en Limousin, aujourd'hui en Haute-Vienne – aux XIIe et XIIIe siècles, par des centaines d'artistes qui envoyaient leurs œuvres dans toute l'Europe. On enlevait « des champs » de métal, et dans les creux ainsi obtenus, on coulait l'émail en fusion. Les plaques d'émaux étaient ensuite posées sur la structure en bois de la châsse. La particularité de celle-ci est d'avoir un fond vermiculé – gravé avec des rinceaux en arabesques. Il semble qu'elle soit la plus ancienne châsse émaillée avec les têtes des personnages en relief. Les yeux sont évoqués par de minuscules perles d'émail bleu lapis. La palette est particulièrement chatoyante : plusieurs tons de bleus et de verts, rouge lie-de-vin, turquoise. Il fut beaucoup question de cette châsse lors de son vol en 1991, puis de sa récupération et de son retour dans son église en 1994.
Protomartyr. Le premier martyr. Ainsi nomme-ton saint Etienne, premier d'une longue liste... Sur la façade principale de ce reliquaire se lit le supplice d'Etienne, arrêté, interrogé et lapidé, peu de temps après avoir été choisi pour être l'un des sept premiers diacres de l'Eglise naissante. Saul, le futur saint Paul, participe à sa lapidation en gardant les vêtements des bourreaux. Ce martyr est relaté dans les chapitres 6 et7 des Actes des Apôtres.
Sur la « caisse » de la châsse, nous voyons à gauche Etienne faisant un discours devant le Sanhédrin, après son arrestation. Il récapitule, devant le grand prêtre et le Conseil, l'histoire d'Israël d'Abraham à Moïse, comment leurs ancêtres ont maltraités Joseph et Moïse, et comment l'histoire se répète avec la mise à mort de Jésus. « Toujours vous résistez à l'Esprit Saint ! Tels furent vos pères, tels vous êtes ! Lequel des prophètes vos pères n'ont-ils point persécuté ? Ils ont tué ceux qui prédisaient la venue du Juste, celui-là même que maintenant vous venez de trahir et d'assassiner. »
La réaction du Sanhédrin est d'une extrême violence : « A ces mots, leurs cœurs frémissaient de rage, et ils grinçaient des dents contre Etienne » (Actes 7, 51-52). Etienne, en dalmatique (chasuble de diacre, avec des manche à pois bleu ciel et vert pâle sur fond bleu foncé, est en train de parler, ponctuant son discours de la main droite et tenant dans sa main gauche un rouleau de parchemin, qui représente la Bible. Les membres du Sanhédrin se bouchent les oreilles en des gestes violents. L'émailleur a bien su rendre leur rage.
Au-dessus, séparé des hommes par un nuage stylisé, le Christ, livre de la Parole en main, se tourne vers Etienne et le bénit. « Il fixa son regard vers le ciel ; il vit alors la gloire de Dieu et Jésus debout à la droite de Dieu. « Ah ! Dit-il, je vois les cieux ouverts et le Fils de l'homme debout à la droite de Dieu. » Jetant alors de grands cris, ils bouchèrent les oreilles et se précipitèrent sur lui » (Actes 7, 55-57)
A droite, Etienne est traîné hors de la ville par les bourreaux, ils sortent par une porte monumentale en forme de tour. Sur le toit en bâtière, à gauche Saul est assis et garde les vêtements des bourreaux. Etienne, à genoux eu centre, va mourir sous les pierres qui pleuvent sur lui, les bourreaux en tiennent dans chaque main. Il lève la tête et les bras vers la main droite de Dieu qui apparaît dans le ciel et le bénit. « Tandis qu'on le lapidait, Etienne faisait cette invocation : « Seigneur, ne leur compte pas ce péché ! » (Actes 7, 59-60).
Sur le pignon visible ici, un apôtre non identifié tient une croix et un rouleau de parchemin. Sur l'autre derrière, un ange aux ailes déployées garde la porte du reliquaire. Les gestes sont démonstratifs, les attitude dansantes, ce qui est typiquement roman, dans les fresques en particulier.
Marie-Gabrielle Leblanc