Le Jugement dernier
Tympan roman de l'église de Beaulieu-sur-Dordogne en Corrèze
En 1125 la façade de l'ancienne église abbatiale Saint-Pierre s'enrichit d'un portail sculpté dans le granit, figurant le Jugement Dernier, dont la figure centrale est le Christ en majesté. Un thème fréquent à l'époque romane.
Au centre du tympan, le Christ en majesté ouvre largement les bras pour accueillir les ressuscités. Il est nettement plus grand que les autres personnages. Cette différence de taille selon la hiérarchie des personnages représentés se nomme la taille héroïque et a été inventée par les artistes de l'Egypte ancienne. « Roi d'immense puissance », dit l'hymne des vêpres de l'office des défunts.
La toute puissance est en effet ce que montre ce bas-relief : le Christ est le vainqueur de la mort. « Tu as brisé les traits de la mort... tu as livré le grand combat. » L'art roman préférait mettre l'accent sue la divinité du Christ et sa puissance, il est figuré comme le Tout Autre. Au contraire, l'art gothique mettra d'avantage en lumière la représentation de son humanité.
Aucun enfer n'est figuré sur le portail de Baulieu-sur-Dordogne, contrairement à la plupart des Jugements Derniers sculptés ou à ceux peints par Michel Ange à la chapelle Sixtine, ainsi que sur les mosaïques byzantines ou encore les fresques orthodoxes dans les Balkans.
Deux anges sonnent de la trompette, et quatre autres portent les instruments de la Passion ; la Croix et les quatre clous, et une couronne impériale à droite, pas la couronne d'épines, car c'est un Christus triumphans, triomphant de la mort. A droite et à gauche son assis les apôtres avec leur codex et leur volumen, deux formes différentes de livres. Il est impossible de les identifier, sauf Pierre muni de sa clé, à gauche, à la dextre du Christ.
Au-dessous, les morts ressuscitent et sortent des tombeaux. Ils soulèvent les couvercles de leurs sarcophages à l'appel du Christ, Souverain Juge qui vient à la fin des temps pour juger les vivants et les morts. Une note d'humour à droite : deux ressuscités doivent pousser de toute leur force pour pouvoir entrebâiller leur cercueil et en sortir, car deux apôtres ont les pieds posés sur les couvercles et bloquent l'ouverture, inconscients de ce qui se passe en dessous et à commenter l'événement...
« Alors apparaîtra dans le ciel le signe du Fils de l'homme ; toutes les races de la terre se frapperont la poitrine ; et l'on verra le Fils de l'homme venir sur les nuées du ciel avec puissance et grande gloire. Il enverra ses anges avec une trompette sonore, pour rassembler ses élus des quatre vents, d'un bout des cieux à l'autre. » (Matthieu)
La Croix est grande et très visible. C'est le premier tympan du Jugement Dernier sur lequel elle apparaît, alors qu'elle figurera un peu plus tard sur la plupart des Jugements Derniers gothiques. D'une manière générale, la Croix est presque absente de l'art roman, seul compte à cette époque le Christ en majesté. La Croix de Baulieu est d'ailleurs une Croix glorieuse, qui a la même forme que dans l'Antiquité chrétienne, sur les mosaïques de Ravenne des Ve et VIe siècles. Le linteau (partie horizontale au-dessus de la porte) s'étage sur deux registres, ornés d'un bestiaire fantastique de lions, de sangliers et de monstres hybrides : chimères, dragons, griffons, hydres à sept têtes. Placés sous les pieds du Christ, ils signifient qu'Il est vainqueur des forces du mal.
Au trumeau, entre les deux battants de la porte, et sur les pieds droits, à droite et à gauche, se tiennent les prophètes.
Marie-Gabrielle Leblanc