Dimanche 19 Mars 2023
Aujourd'hui c'est la fête de Saint Joseph
Bonne fête à tous ceux portent ce patronyme.
L’ange lui avait dit : « Ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse. » et Joseph prit chez lui Marie son épouse. L’ange lui avait dit : « Lève-toi, prends l’enfant et sa mère. » et il se leva, prit l’enfant et sa mère et s’enfuit en Egypte...
La Sainte Famille
Reynaud Levieux
Surnommé Renaud de Languedoc, Reynaud Levieux est un des peintres qui œuvraient en Avignon au XVIIe siècle, bien moins célèbre que Nicolas Mignard, auquel il resemble par son style. Un peu oublié aujourd'hui, il mérite d'être redécouvert.
La Sainte Famille, peinte sur toile en 1651, est exposée au musée Pierre-de-Luxembourg, à Villeneuve-lès-Avignon, qui abrite aussi l'illustre Couronnement de la Vierge d'Enguerrand Quarton, joyau de a chartreuse de Villeneuve et chef- d'œuvre de la peinture française du XVe siècle.
C'est une Sainte Famille bien caractéristique du « Grand Siècle des âmes », comme a été surnommé le XVIIe siècle en France. Trois êtres qui, malgré leur identité hors du commun, et une nature divine pour Jésus, ont formé une famille aimante et pleine d'affection. C'est la première époque dans l'histoire de l'art où cet aspect est évoqué – contrairement au Moyen-Âge qui mettait l'accent sur la divinité de Jésus, et où Joseph n'était guère plus que le serviteur de Jésus et Marie, n'ayant même pas d'auréole quatre fois sur cinq, comme s'il était le dernier personnage de l'Ancien Testament.
A l'inverse de la Renaissance, où la psychologie des personnages n'est jamais représentée, au XVIIe siècle, les sentiments des protagonistes apparaissent. Joseph est un bel homme, encore jeune. En effet, si l'art médiéval, s'appuyant sur des textes apocryphes et légendaires, avait fait de Joseph un vieillard veuf, le concile de Trente, achevé en 1563, a fortement déconseillé la représentation de Joseph âgé et affirmé qu'il était jeune quand il épousa Marie.
On voit bien que Jésus aime beaucoup son père de cœur. Marie et Joseph sont sobrement vêtus à l'antique, Marie avec les couleurs traditionnelles, survivance du Moyen-Âge – rouge pour la divinité du Christ, bleu pour son humanité. Jésus s'accroche à la tunique de Joseph car il ne sait pas encore marcher. Joseph le soutient du bras, comme le font tout es parents. La dévotion à Joseph était alors récente, initiée par sainte Thérèse d'Avila au XVIe siècle, qui le priait en maintes occasions pour tout ce qu'elle entreprenait – fondations, recherches de terrains ou de bâtiments pour ses couvents, autorisations à demander à l'évêque, voyages.... Le XVIIe siècle découvre qu'après Marie, c'est Joseph qui a été le plus proche de Jésus pendant les années de sa vie cachée à Nazareth, et tous les courants spirituels d'alors le prient.
A l'arrière plan, un beau paysage crépusculaire, censé représenter Jérusalem, évoque surtout Rome où Reynaud Levieux a vécu quarante ans de sa vie de 27 à 37ans, puis de 56 à 86 ans. Il s'agit d'un Repos pendant la Fuite en Egypte, mais le peintre a été si discret sur la représentation de l'Egypte – ni pyramides, ni le Nil, ni la chute des idoles ou le miracle du palmier, ni même l'âne – que l'on peut titrer c tableau «La Sainte Famille », car tel en est véritablement le sujet.
Né à Nîmes dans une famille protestante d'Uzès, Reynaud Levieux était parti pour Rome en 1640, comme presque tous les peintres au XVIIe siècle, pour copier les œuvres de Raphaël. Est-ce là, et à ce moment, qu'il devint catholique ? On le retrouve en tout cas catholique en Avignon vers 1650, dix ans plus tard. Il fait partie de la confrérie des Pénitents noirs, travaille pour les chartreux, pour les églises d'Avignon et d'Aix-en-Provence, et sera peut-être tertiaire chartreux à la fin de sa vie. Rappelons que les membres des tiers-ordres religieux et monastiques – bénédictains, franciscains, et dominicains,... – appelés tertiaires, sont de nos jours encore des laïcs, mariés ou non, qui suivent une partie de la règle de l'Ordre, prient le bréviaire, sans être dans un couvent ni dans un monastère, tout en menant leur vie professionnelle et familiale. Levieux était célibataire, et il fit son testament en faveur de la chartreuse du Val-de-Bénédistion de Villeneuve-lès-Avignon. A l'âge de 56 ans, malgré une féconde carrière en Provence, il retourna définitivement à Rome, où il vécut encore trente ans. Il est enterré à l'église Santa Maria degli Angeli à Rome.
La plupart de ses tableaux, uniquement des peintures religieuses, sont conservés dans les églises et musées d'Avignon, Nimes, Marseille, Aix-en-Provence, et dans d'autres villes du Sud de la France...
Marie-Gabrielle Leblanc