Samedi 30 mai 2020
Le mois de Marie, s'achève...
Dans mes jeunes années ce mois était clôturé par une magnifique cérémonie, celle du couronnement de la Vierge.
La statue de la vierge trônait dans une petite gloriette située au dessus de l'autel de la cathédrale Saint-Pierre et Saint-Paul de Pointe-à-Pitre, durant tout le mois de mai.
Sur cette vieille carte postale, on voit la Vierge dans la gloriette surmontant l'autel fleuri de la Cathédrale de de Pointe-à-Pitre
Cette photo a sans doute été prise au moment des faits dont je parle.
Et tous les ans, cinq petits anges arrivaient dans le chœur, celui qui devait poser la couronne sur la tête de la statue, se tenait au milieu et portait une belle couronne posée sur un coussin recouvert de satin bleu (le bleu étant la couleur de la Vierge).
Un magnifique ange joueur de viole
Melozzo de Forli
Collection de la Pinacothèque Vaticane
C'était dans les petites classes chez les sœurs de Saint Joseph de Cluny, que les anges étaient tirés au sort, celui qui devait couronner la Vierge devait être un modèle de sagesse, ce qui n'était pas mon cas, j'étais une petite fille très turbulente, aussi quand une année, mon nom fut tiré du casque colonial, dont se servait les sœurs pour leur tirage, je fus écartée sans ménagement, comme un ange déchu en somme, mes états de service étaient loin des normes voulues ! Imaginez la peine, le désarroi que j'éprouvais alors, et aussi la crise de jalousie féroce envers celle qui m'avait « volé » ma place quand on nous fit part de la décision de la mère supérieure ?
Celle qui avait été choisie à ma place, m'avait lancé un sourire moqueur accompagné d'un regard triomphant et narquois, les sœurs ne s'en aperçurent pas, mais je trouvais qu'elle était encore moins digne que moi de couronner la Vierge, car si j'étais turbulente, elle, elle était carrément méchante.
Voyant mon gros chagrin, une des sœurs qui m'aimait bien, plaida ma cause, mais la supérieure tint bon, je ne pouvais m'approcher de la Vierge vu mon indiscipline notoire, ainsi que mon bavardage incessant, mais... elle accepta de me laisser accompagner « l'ange couronneur, » la mort dans l'âme, je resterai donc au bas des marches de l'autel avec les 3 autres anges accompagnateurs. C'était mieux que rien, mais j'avais quand même comme un gros poids sur la patate, et je fomentais dans ma petite tête d'enfant (6 ou 7 ans) des vengeances extrêmes envers la voleuse de place, par exemple : je rêvais de lui faire des croches pieds le long du parcours, ou encore de lui marcher sur sa robe pour que cette dernière se déchire, (les robes d'ange faites dans du tulle étaient très fragiles).
Mais voilà qu'un jour une grande fébrilité régna dans la classe, l 'ange qui devait couronner la Vierge, la voleuse de place avait la rougeole et ne pourrait être présente, avais-je une chance de la remplacer puisque qu'on tirait à nouveau au sort les quatre accompagnatrices ? Que nenni ! Mon nom ne fut même pas mis dans le fameux casque ! Cependant ma colère en fut atténuée, la voleuse était punie, elle était malade avec de gros boutons et de la fièvre !
Je restais donc... une accompagnatrice.
Le Jour J, Monsieur X, se tenait dans le chœur et prenait des photos de la cérémonie, (photos souvenir que l'on pouvait lui acheter), puis au moment crucial, rangeant son matériel, il aidait le petit « ange couronneur » à grimper sur la gloriette pour poser la couronne sur la tête de la statue.
Alors éclatait le chant !
« Vierge reçoit cette couronne,
faites qu'elle soit le gage précieux,
de celle qu'auprès de ton trône,
tu nous réserve dans les cieux » !
Car pour cette cérémonie la chorale des sœurs chantait de magnifiques chants que l'on répétait jusqu'à la veille du grand jour. Ce cantique était chanté tous les ans pour cette occasion, je ne l'ai jamais oublié :
Et depuis que j'ai écrit cette histoire, je n'arrête pas de fredonner cet air que nous chantions à trois voix et comme je fis partie de la chorale, je l'ai chanté moult de fois tout au long de ma scolarité.
Je regrette ces belles cérémonies, dans une église remplie de fidèles, de chants, de fleurs, et d'odeurs d'encens, malheureusement l'encens est très peu usité de nos jours car c'est un produit très cher et contrairement à l'idée reçue, l'église n'est pas riche aujourd'hui !
Livia