PORTRAIT D’AUGUSTE
(Dit de Méroé)
Auguste 27 avant J.C.
(Londres British Museum)
Ce sont les yeux qui fascinent avant tout, car il très rare de retrouver les incrustations des yeux sur les statues en bronze de l’antiquité. Les yeux étaient généralement façonnés dans d’autres matériaux que celui de la statue proprement dite. Ici, les globes sont en marbre blanc, les iris en pâte de verre vert et les pupilles en pâte de verre sombre. Les cils sont cassés, expliquant pourquoi les yeux paraissent exorbités.
Cette tête fut découverte en 1910 à Méroé, la capitale des éthiopiens (antiques). Elle avait été intentionnellement enterrée sous le seuil d’un édifice érigé probablement à la suite d’une campagne victorieuse contre l’Egypte romaine, après avoir été séparée du corps de la statue (peut-être l’Empereur en toge ou en cuirasse) qu’elle couronnait et qui faisait partie du butin.
Ce bronze d’Auguste appartient au type de Prima Porta, dont le prototype a sans doute été créé en l’an 27 avant J.C., lorsque le Sénat romain décerne le surnom d’Augustus à Octave qui a démissionné de toutes ses fonctions quelques jours avant. Auguste possède désormais un pouvoir quasiment absolu grâce au cumul à vie des plus hautes fonctions de la République. Avec ce type de statue, Auguste et ses conseillers politiques ont construit du prince une image idéale qui sera reprise pendant un siècle environ par ses successeurs.
Le modèle esthétique de la statue est à l’évidence, grec : la conception figurative de la tête avec la coiffure très ordonnée et la fameuse pince au-dessus de l’œil dextre rappelle celle des statues du sculpteur grec Polyclete. Auguste s’éloigne ainsi de ses portraits précédents qui s’inspiraient encore de l’idéal du souverain hellénistique et de la vision du chef militaire auréolé de gloire par ses victoires et qui se voyait en successeur d’Alexandre Le Grand. En recourant aux canons classiques, Auguste et son entourage réussirent à traduire les valeurs romaines sous les traits idéaux de l’Empereur. De son image émanait l’autorité intangible (auctoritas), la dignité (gravitas), mais aussi la pureté (sanctitas).
Le modèle du portrait officiel approuvé, il était aussitôt diffusé à travers l’Empire, parce que le prince devait se montrer omniprésent, sans discontinuer et dans chaque province. On ignore si l’Empereur posait, ou quelle étude préparatoire ou esquisse était utilisé pour créer le modèle. Ce qu’on peut supposer en revanche, c’est que plusieurs copies de l’original étaient réalisées dans les ateliers de Rome pour le compte de l’Empereur avant d’être livrées à des ateliers locaux à des fins de reproduction. Pour diffuser rapidement le portrait impérial, on recourait en outre aux moulages en plâtre, parce que faciles à transporter. Le temps que mettaient les représentations du type de Prima Porta ainsi que les statues des époques suivantes pour atteindre les régions les plus reculées de l’Empire peu s’évaluer avec ce portrait dit de Méroé. Il fut réalisé aux environs de 25 avant J.C. étant donné que la campagne des éthiopiens contre l’Egypte romaine eut lieu dans ces années-là.