Eklablog Tous les blogs Top blogs Mode, Art & Design Tous les blogs Mode, Art & Design
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Publicité

Billet.

 
 
 
 
 
 
 
 
LA GENTILLESSE
(à rebours des clichés)
 
 
 
 
 
 
 
numérisation0005
 
 
 
 
Assimilée à une forme de faiblesse, la gentillesse relève au contraire de la force d’âme.
 
C’est ce que nous dit Emmanuel Jaffelin dans un piquant essai philosophique.
 
 
 
La gentillesse ? Au mieux, elle est perçue comme une petite vertu un peu fade et simplette, au pire, comme une sorte de handicap qui ferait plus ou moins obstacle à la réussite.
 
De l’enfant gentil qui donne trop facilement ses cartes de pokémon et son goûter, on dira : « il se fait avoir », « il ne sait pas se défendre »…
 
Pourtant, c’est bien lui qui a tout compris, nous dit Emmanuel Jaffelin, auteur d’un savoureux « Petit Eloge de la gentillesse ». Agrégé de philosophie, ancien diplomate et enseignant au lycée Lakanal de Sceaux, il est parti à la recherche de ce qui pouvait constituer l’ADN de la gentillesse. « Contrairement à ce que je crois spontanément, ma force morale ne résulte pas du pouvoir que j’ai sur les autres mais de ce que je leur abandonne, écrit-il. Or la gentillesse, par le service que je rends, est don et abandon de soi. »
 
La gentillesse serait à chercher du côté de l’intelligence du cœur et de la délicatesse morale, à la différence de la sollicitude intrusive d’une Amélie Poulain qui veut faire le bonheur des gens malgré eux, ou du simple respect qui se borne à l’obéissance aux règles de la vie en société sans vraiment inviter à s’ouvrir à l’autre.
 
Le philosophe remonte aux origines romaines du « gentilis », désignant le noble avant d’englober les nations qui composent l’Empire, pour finalement désigner celles qui s’y opposent. Le sens de « gentil » se modifie alors pour signifier l’ »ennemi ». Les chrétiens qui cherchent un terme latin pour désigner les non-chrétiens (comme le mot goy en hébreu pour évoquer les non-juifs) vont reprendre le mot « gentil », mais sans connotation d’exclusion, car le gentil peut se convertir.
 
C’est le monde médiéval chrétien qui redonnera à « gentil » son sens premier de « noble », en lui ajoutant sa connotation morale, liée aux valeurs chevaleresques. Jaffelin cite le bon roi Saint Louis « qui fait le bien parce qu’il est le roi, c’est-à-dire la quintessence de la noblesse ». A la Renaissance, cette morale du gentilhomme se confondra avec « celle du courtisan, qui n’accomplit rien sans arrière pensée ». A la révolution, elle sera balayée avec le reste.
 
« La démocratie a tellement inscrit le refus de la servitude dans mes gènes que je perçois la gentillesse comme la rémanence d’un monde disparu, celui de l’Ancien Régime et de sa pratique du servage », note le philosophe.
 
Mais face à la culture du cynisme et de la méfiance, et face au culte du « winer » qui écrase les autres pour parvenir à ses fins, il voit dans cet abandon limité, sorte d’entresol avant le sacrifice de soi, une morale du quotidien susceptible de transfigurer les relations humaines.
 
Clotilde HAMON
 
Extrait de : Famille Chrétienne.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article