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Fables, suite...

 

 

 

 

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Mais le récit que raconte Climène,

Je  l’ai déjà contée, dans la mythologie,

Souffrez alors que j’en fasse l’impasse,

Et vous renvoie à cette rubrique-là,

Pour connaître en tout point l’histoire :

De Céphale et de Procris !

Les deux autres récits, sont forts beaux.

Deux belles et longues histoires d’Amour…

Il vous faudra les lire jusqu’au bout,

Si vous voulez savoir, ce qu’il advint des trois filles de Minée !

 

 

 

 

 

 

 

Clymène ayant enfin reployé son ouvrage,

La jeune Iris commence en ces mots son récit :

 

Second récit.

 

Rarement pour les pleurs mon talent réussit ;

Je suivrai toutefois la matière imposée.

Télamon pour Cloris avait l’âme embrasée,

Cloris pour Télamon brûlait de son côté.

La naissance, l’esprit, les grâces, la beauté,

Tout se trouvait en eux, hormis ce que les hommes

Font marcher avant tout dans ce siècle où nous sommes :

Ce sont les biens, c’est l’or, mérite universel.

Ces Amants, quoique épris d’un désir mutuel,

N’osaient au blond hymen sacrifier encor,

Faute de ce métal que tout le monde adore.

Amour s’en passerait ; l’autre état ne le peut :

Soit raison, soit abus, le sort ainsi le veut.

Cette loi, qui corrompt les douceurs de la vie,

Fut par le jeune Amant d’une autre erreur suivie.

Le démon des combats vint troubler l’Univers :

Un pays contesté par des peuples divers

Engagea Télamon dans un dur exercice ;

Il quitta pour un temps l’amoureuse milice.

Cloris y consentit, mais non pas  sans douleur :

Il voulut mériter son estime et son cœur.

Pendant que ses exploits terminent la querelle,

Un parent de Cloris meurt, et laisse à la belle

D’amples possessions et d’immenses trésors.

IL habitait les lieux où Mars régnait alors.

La belle s’y transporte ; et partout révérée,

Partout des deux parties Cloris considérée,

Voit de ses propres yeux les champs où Télamon

Venait de consacrer un trophée à son nom.

Lui de sa part accourt ; et, tout couvert de gloire,

Il offre à ses amours les fruits de sa victoire.

Leur rencontre se fit non loin de l’élément

Qui doit être évité de tout heureux amant.

Dès ce jour l’âge d’or les eût joints sans mystère ;

L’âge de fer en tout a coutume de faire.

Cloris ne voulut donc couronner tous ces biens

Qu’au sein de sa patrie, et de l’aveu des siens.

Tout chemin, hors la mer, allongeant leur souffrance,

Ils commettent aux flots cette douce espérance.

Zéphyre les suivait quand, presque en arrivant,

Un pirate survient, prend le dessus du vent,

Les  attaques, les bas. En vain, par sa vaillance,

Télamon jusqu’au bout porte la résistance :

Après un long combat son parti fut défait,

Lui pris ; et ses efforts n’eurent pour effet

Qu’un esclavage indigne. O Dieu ! qui l’eût pu croire ?

Le sort, sans respecter ni  son sang ni sa gloire,

Ni son bonheur prochain, ni les vœux de Cloris,

Le fit être forçat aussitôt qu’il fut pris.

 

Le destin ne fut pas à Cloris si contraire.

Un célèbre marchant l’achète du corsaire :

Il l’emmène ; et bientôt la Belle, malgré soi,

Au milieu de ses fers range tout sous sa loi.

L’épouse du marchand la voit avec tendresse.

Ils en font leur compagne, et leur fils sa Maîtresse.

Chacun veut cet hymen : Cloris à leurs désirs

Répondait seulement par de profonds soupirs.

Damon, c’était le fils, lui tient ce doux langage :

Vous soupirez toujours, toujours votre visage

Baigné de pleurs nous marque un déplaisir secret.

Qu’avez-vous ? vos beaux yeux verraient-ils à regret

Ce que peuvent leurs traits et l’excès de ma flamme ?

Rien ne vous force ici ; découvrez-nous votre âme :

Cloris c’est moi qui suis l’esclave, et non pas vous.

Ces lieux, à votre gré, n’ont-ils rien d’assez doux ?

Parlez ; nous sommes prêts à changer de demeure :

Mes parents m’ont promis de partir tout à l’heure.

Regrettez-vous les biens que vous avez perdus ?

Tout le nôtre est à vous ; ne le dédaignez plus.

J’en sais qui l’agréeraient ; j’ai su plaire à plus d’une ;

Pour vous, vous méritez toute une autre fortune.

Quelle que soit la nôtre, usez-en : vous voyez

Ce que nous possédons, et nous même  à vos pieds.

Ainsi parle Damon ; et Cloris tout en larmes

Lui répond en ces mots, accompagnés de charmes :

Vos moindres qualités, et cet heureux séjour

Même aux filles des Dieux donneraient de l’amour ;

Jugez donc si Cloris, esclave et malheureuse,

Voit l’offre de ces biens d’une âme dédaigneuse.

Je sais quel est leur prix : mais de les accepter ;

Je ne puis ; et voudrais vous pouvoir écouter ;

Ce qui me le défend ce n’est pas l’esclavage :

Si toujours la naissance éleva mon courage,

Je me vois, grâce aux dieux, en des mains où je puis

Garder ces sentiments malgré tous mes ennuis ;

Je puis même avouer (hélas ! faut-il le dire ?)

Qu’un autre a sur mon cœur conservé son empire.

Je chéris un Amant, ou mort, ou dans les fers ;

Je prétends le chérir encor dans les  enfers.

Pourriez-vous estimer le cœur d’une inconstante ?

Je ne suis déjà plus aimable ni charmante ;

Cloris n’a plus ces traits que l’on trouvait si doux,

Et doublement esclave est indigne de vous.

Touché de ce discours, Damon prend congé d’elle.

Fuyons, dit-il en soi ; j’oublierai cette Belle :

Tout passe, et même un jour ses larmes passeront :

Votons ce que l’absence et le temps produiront.

A ces mots il s’embarque ; et, quittant le rivage,

Trouve des malheureux de leurs fers échappés,

Et sur le bord d’un bois à chasser occupés.

Télamon, de ce nombre, avait brisé sa chaîne :

Aux regards de Damon il se présente à peine,

Que son air, sa fierté son esprit, tout enfin

Fait que d’abord Damon admire son destin ;

Puis le plaint, puis l’emmène, et puis lui dit sa flamme.

D’une esclave, dit-il, je n’ai pu toucher l’âme :

Elle chéri un mort ! Un mort ! ce qui n’est plus

L’emporte dans son cœur ! mes vœux sont superflus.

Là-dessus, de Cloris il lui fait la peinture.

Télamon dans son âme admire l’aventure,

Dissimule, et se laisse emmener au séjour

Où Cloris lui conserve un si parfait amour.

Comme il voulait cacher avec soin sa fortune,

Nulle peine pour lui n’était vile et commune.

On apprend leur retour et leur débarquement ;

Cloris, se présentant à l’un et l’autre Amant,

Reconnaît Télamon sous un faix qui l’accable.

Ses chagrins le rendaient pourtant méconnaissable ;

Un œil indifférent à le voir eût erré,

Tant la peine et l’amour l’avaient défiguré !

Le fardeau qu’il portait n’était ne fut qu’un vain obstacle,

Cloris le reconnait et tombe à ce spectacle :

Elle perd tous ses sens et de honte et d’amour

Télamon, d’autre part, tombe presque à son tour.

On demande à Cloris la cause de sa peine :

Elle le dit : ce fut sans s’attirer la haine.

Son récit ingénu redoubla la pitié

Dans des cœurs prévenus d’une juste amitié.

Damon dit que son zèle avait changé de face :

On le crut. Cependant, quoi qu’on en dise et qu’on fasse,

D’un triomphe si doux l’honneur et le plaisir

Ne perd qu’en laissant des restes de désir.

On crut pourtant Damon. Il restreignit son zèle

A sceller de l’hymen une union si belle ;

Et, par un sentiment à qui rien n’est égal,

Il pria ses parents de doter son rival :

Il l’obtint, renonçant dès lors à l’hyménée.

Le soir étant venu de l’heureuse journée,

Les noces se faisaient à l’ombre d’un ormeau ;

L’enfant d’un voisin vit s’y percher un corbeau :

Il fait partir de l’arc une flèche maudite,

Perce les deux époux d’une atteinte subite.

Cloris mourut du coup, non sans que son Amant

Attirât ses regards en ce dernier moment.

Il s’écrie, en voyant finir ses destinées :

Quoi ! la Parque a tranché le cours de ses années !

Dieux, qui l’avez voulu, ne suffisait-il pas

Que la haine du  Sort avançât mon trépas ?

En achevant ces mots, il acheva de vivre :

Son amour, non le coup, l’obligea de la suivre :

Blessé légèrement, il passa chez les morts :

Le Styx vit nos époux accourir sur se bords.

Même accident finit leurs précieuses trames ;

Même tombe eut leur corps, même séjour leurs âmes.

Quelques-uns ont écrit (mais ce fait est peu sûr)

Que chacun devint statue de marbre dur :

Le couple infortuné face à face repose.

Je ne garantis point cette métamorphose :

On en doute. On la croit plus que vous ne pensez,

Dit Climène ; et, cherchant dans les siècles passés

Quelque exemple d’amour et de vertu parfaite,

Tout ceci me fut dit par un sage Interprète.

J’admirai, je plaignis ces Amants malheureux :

On les allait unir ; tout concourait pour eux ;

Ils touchaient au moment ; l’attente en était sûre :

Hélas ! il n’en est point de telle en la nature ;

Sur le point du jour tout s’enfuit de nos mains :

Les Dieux se font un jeu de l’espoir des humains.

 

 

 

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