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Histoire

 

 

 

 

 

 

 

 

numérisation0005LA « MADELEINE DE PARIS.

L’église aux surprises…

 

Au commencement c’était une chapelle extérieure aux murs de Paris, qui se nommait Sainte-Marie-Madeleine-de-la-Ville-l’Evêque et qui, depuis 1639, servait de paroisse pour le petit faubourg qui l’entourait. Ni bien ni mal famé ; un hameau de maraîchers et d’aubergistes. Quelques filles à soldats, comme toujours aux portes des villes, mais aussi quelques fondations pieuses.

Le destin du quartier bascula lorsque de grands boulevards plantés en promenades remplacèrent le rempart. A l’extrémité desdits boulevards, sur la Seine, dans la continuité des Tuileries, Louis XV décidé de tracer une nouvelle place Royale qui est notre place de la Concorde. Dans l’axe de cette place s’ouvrait la rue Royale ; une majestueuse perspective qui achoppait fâcheusement sur la Madeleine petite et plantée de travers. Il fallait d’évidence un monument de meilleure allure. Le projet de Contant d’Yvry, un architecte audacieux et inventif, fut commencé en 1763. L’église était financée par le Roi mais, l’argent manquant, les travaux avancèrent lentement. Plusieurs architectes  succédèrent. En 1792, tout était arrêté alors que le chantier n’était parvenu qu’au sommet des colonnes.

Que faire de cette carcasse ? La révolution pensa à une salle d’assemblée, un nouvel opéra, une bourse. En 1806, Napoléon indiqua un étonnant programme : un temple à la gloire des armées, donc un monument païen. L’architecte Vignon dessina un temple romain, dans le style de l’époque d’Hadrien, c’est-à-dire pur mais sévère et comme étranger à tout ce qui l’entoure. Puis en 1812 Napoléon se ravisa : le temple deviendrait une église…

 

 

 

 

220PX-~4Les orgues de la tribune.

 

 

 

 

 

699PX-~1Dans le Chœur,

Groupe statuaire, représentant l’Assomption de la Vierge exécuté par :

 Carlo Marrocchetti.

 

 

 

 

 

220px-La madeleine paris interiorNef en coupoles…

 

 

Louis XVIII décida en 1814 que l’église serait un monument dédié au souvenir de Louis XVI. Louis-Philippe n’y voulut qu’une paroisse et c’est ainsi qu’en 1845 fut inaugurée la Madeleine, temple païen converti en église catholique, perchée au sommet d’un emmarchement vertigineux, somptueusement ornée pour un souvenir royal dont, en définitive, on l’a privée, isolée au milieu d’un boulevard et beaucoup trop grande pour son quartier.

Toutes ces hésitations et ce résultat déconcertant se retrouvent dans ce qu’est la paroisse depuis 1845. On la dit très élégante, grande bourgeoise : ce n’est vrai qu’en partie car elle garde de son passé de faubourg quelques ruelles moins reluisantes que le boulevard Malesherbes. Les sorties de mariages, spécialement des mariages d’artistes, car nombreux étaient et sont encore les théâtres dans ce quartier des plaisirs de la ville brillante ; mais pour les simples paroissiens, il est moins amusant d’escalader tous les dimanches une montagne de marbre. Et la population d’aristocrates, d’acteurs et de petites gens qui peut se croiser sur le joyeux boulevard a plus de mal, au long du XIXe et XXe siècle, à cohabiter dans une église. Le territoire de la Madeleine est une addition de contraires et, de façon symbolique, l’église plantée dans un no man’s land de pavés semble n’appartenir à aucune des parties de la paroisse. Enfin, comme le déplorent les curés de la Madeleine des années 1960, le fléau des immeubles de bureaux vient vider de ses habitants cette paroisse mal taillée.

Et pourtant la Madeleine est bien vivante. L’aumônerie des artistes, l’accueil des touristes, des employés, des hommes d’affaires, les mariages (et les enterrements), les commandes d’œuvres d’art, la musique sacrée, des rites venus d’ailleurs comme le lavage festif des marches par les Brésiliens en reproduction d’une tradition de Salvador de Bahia, le Foyer de la Madeleine et ses trois cent repas par jour, les scouts, le catéchisme, les groupes de charité, tout cela anime aussi bien le parvis et l’immense nef aux coupoles dorées que les salles moins connues, mais tout aussi étonnantes, qui forment le socle de l’édifice. Une église peut-être née dans l’incertitude, avoir reçu un territoire peu cohérent : ce qui fait sa vie, ce sont les hommes et les femmes qui s’y réunissent pour célébrer, agir et inventer.

Frère Yves COMBEAU, o.p.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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