« Plus on s'enfouit en Dieu, plus on est dans la paix. »
Maître Eckart
Le Chants des anges (1881)
William Bouguereau
Une semaine avant Noël, nous étions en effervescence, dans de longues missives, nous avions commandé au Petit Jésus, les jouets qui nous faisaient rêver, cependant nous savions qu'il n'apporterait pas toutes les merveilles que nous lui avions demandées.
(Chez nous pas de Père Noël, je ne le connaissais qu'au travers de mes livres de contes de Noël, avec son traîneaux et ses rennes, et je savais bien qu'il ne pouvais pas venir en Guadeloupe avec tout son équipage, sur les toits de tôles chaudes sans cheminées) !
Tous les ans nous aidions maman à faire la crèche, et chaque fois qu'on ouvrait une boîte à la recherche des personnages de la crèche, des boules de naphtalines roulaient en laissant derrière elles une lourde odeur de désinfectant, c'est que les personnages de la crèche étaient en cire et les « ravets » (nom des cafards chez nous), aiment beaucoup la cire, ils avaient déjà dévoré la tête d'un berger et plusieurs moutons étaient mal en point...
Ma crèche cette année
A l'époque de mon enfance, il n'y avait pas de sapins (aujourd'hui, ils arrivent par avion de France), mais la crèche était grandiose , de hautes cimes en papier, enneigées avec de l'acide borique, surplombaient la crèche où la Sainte Vierge et Saint Joseph priaient à genoux, tandis que l'âne et le bœuf, couchés sur la paille attendaient en somnolant l'Enfant Jésus qui était resté dans l'armoire en attente de minuit...
Tous les ans aussi, maman achetait des tas de boîtes de chocolats sublimes, (à cette époque nous avions des chocolats seulement au moment de Noël, à cause de la chaleur, les climatiseurs n'avaient pas encore fait leur apparition) avec lesquelles, elle préparait pour chaque personne, un petit paquet enveloppé dans du papier cristal autour desquels elle nouait un joli ruban, elle nous les mettait dans nos souliers à côté des jouets. Nous l'aidions volontiers à préparer lesdits paquets de chocolats, une aide très intéressée de ma part, car j'en profitais toujours pour en manger quelques uns, je me faisais gronder et tout les ans, maman me prédisait que mes souliers resteraient vides, mais toutes ces boîtes de chocolats ouvertes sur la table, était un supplice de Tantale, pour la gourmande que j'étais, que je suis d'ailleurs restée.
Des cuisines montaient de succulents parfums, qui chatouillaient les narines : vols au vent, (j'aimais beaucoup cette appellation, je me demandais si lesdits vols au vent n'allaient pas un jour, prendre leur envol pendant le dîner, et j'imaginais avec amusement les convives courant après eux), puis venait la dinde rôtie entourée de patates douces et pour terminer, la merveilleuse bûche au chocolat, préparée par maman.
Et tandis que la nuit arrivait d'un coup du fond de l'horizon, les grenouilles dans l'humus, lançaient leur chant nocturne sur deux notes remplissant la nuit, qui était nous l'avions remarqué, toujours claire et étoilée ce soir-là !
La cathédrale Saint Pierre et Saint Paul à Pointe-à-Pitre, qui nous accueillait à minuit
Nous avions été astiqués et pomponnés, robes neuves pour les filles et costumes neufs pour les garçons, pour aller assister à la messe de minuit et bien que nous soyons toujours un peu endormis quand arrivait minuit, alors que les cloches carillonnaient dans la chaleur de la nuit tropicale, nous nous entassions dans les voitures pour répondre à leur l'appel.
L'église était bondée comme tous les ans, les fleurs en abondance , apportées par les fidèles, dégageaient de lourds parfums sucrés, qui se mêlaient à l'odeur des cierges qui brûlaient, l'église bruissaient de murmures, tout le monde se connaissaient et se congratulaient dans l'ombre de la veillée et à minuit... la chorale entonnait « Minuit Chrétien », ce chant éclatait tandis que les lumières s'allumaient et que les prêtres arrivaient précédés des enfants de chœur en robes rouges avec des surplis immaculés garnis de dentelle.
Nous nous endormions souvent au cours de la messe, l'excitation qui nous avait accompagné toute la journée, larguait les amarres.
Quand nous revenions à la maison, nous installions le Petit Jésus sur son lit de paille dans la crèche, la porte du salon était fermée, c'était le grand suspens jusqu'au lendemain matin, puis devions dire bonsoir et aller nous coucher. Et tandis que les grandes personnes s'installaient pour dîner, « Mabo », (nounou en Guadeloupe) essayait de nous mettre au lit... mais l'envie de dormir nous avait quitté comme par enchantement et sitôt la lumière éteinte, nous ressortions du lit en catimini, pour aller nous asseoir en haut de l'escalier afin de regarder manger et d'écouter les grandes personnes jusque tard dans la nuit, jusqu'à ce que le sommeil nous alourdisse les paupières...
La tablée familiale, un jour de fête
Le matin au salon, c'était la joie ! bien sûr nous n'avions jamais l'intégralité des commandes, (la mienne surtout était très chargée, une année, j'avais fait une grosse commande de deux pages, pratiquement tout ce qui m'avait plu dans le magasin) mais il y avait toujours une surprise, c'était un tout petit quelque chose, mais cette petite babiole me faisait autant plaisir que les « vrais » cadeaux » ! Je me souviens d'une petite boule avec la Tour Eiffel sur laquelle tombait de la neige, j'avais été si emballée, qu'elle m'a accompagnée nuit et jour durant toute les vacances de Noël.
C'était les merveilles des Noëls de mon enfance !
Aujourd'hui, je suis la spectatrice heureuse et attendrie des Noëls de mes petits enfants !
Liviaaugustae