Des lémuriens au Zoo La Boissière du
Doré…
Nos
ancêtres ?
ADAM
ET MOI…
(1er
octobre 1998)
Je
suis toujours étonné par la satisfaction que tant de gens éprouvent à descendre du singe. Il n’y a pas là de quoi se réjouir, pourtant. L’idée que mes ancêtres étaient des gorilles arboricoles,
qui se grattaient sous les bras et aboyaient quand ils étaient en colère, ne me transporte pas d’enthousiasme. Au fond, j’aurais plutôt honte de n’être qu’une forme évoluée de
l’australopithèque et, depuis vendredi 23 septembre, d’une espèce d’individu poilu et prognate, vieux, dit-on de quatre millions et demi d’années, dont on a découvert les ossements en
Ethiopie.
Il y
a dans l’humanité un snobisme de l’évolution des espèces comme il y a chez les particuliers un snobisme des origines modestes. Qui ne connaît quelque gros patron, quelque industriel
milliardaire mettant sa fierté à être fils de manœuvre ou de paysan, à avoir exercé dix métiers pour sortir de la mouise, à s’être élevé sans l’aide de personne. J’en ai même rencontré qui se
vantait d’avoir eu une enfance misérable alors qu’ils étaient d’excellentes famille et étaient sortis de polytechnique. De même l’humanité, ou du moins une portion de l’humanité,
veut absolument s’être « fait toute seule », être arrivée du coelacanthe à l’Homo sapiens
par un rude et long chemin. Cela flatte en elle je ne sais quelle idée de sa valeur, de son énergie, de sa persévérance. Il lui est intolérable de penser que Dieu a créé l’homme, et qu’il l’a
créé à son image. Entre Dieu et le singe, elle choisit le singe.
Elle
ne le choisit pas partout, cependant. Ainsi il y a eu aux Etats-Unis naguère une fameuse affaire à ce propos. Un petit garçon rentra un soir chez lui tout en larmes. Le professeur avait fait un
cours sur Darwin et avait expliqué que l’homme descendait du poisson, ce qui désespérait le gamin. Ses parents intentèrent un procès à l’école et le gagnèrent car le darwinisme va à l’encontre
des enseignements de la Bible, et celle-ci fait partie de la Constitution américaine. C’est la main sur elle, en particulier, que les Présidents américains prêtent serment.
L’écrivain
anglais Chesterton a donné, selon moi, un argument irréfutable dans un ouvrage intitulé L’Homme éternel (The Everlasting Man), qui est une espèce de réfutation de Darwin. Il dit qu’on ne sait
rien de l’homme préhistorique, sauf une chose : que c’était un artiste. Or, ajoute-t-il, on peut fournir toute la peinture et tous les pinceaux qu’on voudra à un singe, il ne parviendra
pas à reproduire un bison ou un mammouth sur la paroi d’une caverne ; en d’autres termes, ce ne sera jamais un artiste.
Le
sens artistique n’existe pas dans les amibes, les poissons, les diplodocus et les pithécanthropes. Il est, je le crains, d’essence divine, et il nous faut bien en convenir à Adam et Eve, créés
par le Seigneur dans un grand acte d’amour, ce qui n’est pas plus mystérieux, après tout, que la métamorphose du chimpanzé en Alain Delon. Autre avantage : il n’y a pas de « chaînon
manquant » entre Adam et moi.
Jean
Dutour
Extrait
de : Le siècle des lumières éteintes.
Je me
sens moi aussi plus près d’Adam et d’Eve que du singe. Me voilà donc rassurée, pas de chimpanzé dans mes ancêtres.
Ce
livre m’avait beaucoup amusée, je l’ai retrouvé, par hasard en cherchant un autre livre dans ma bibliothèque, qui frise l’effondrement… Je l’ai donc parcouru, et suis tombée entre autre sur
cette histoire de singe, qui, comme Jean Dutour, m’a toujours énervée…
Liviaaugustae