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Littérature.

 

 

 

 

 

 

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La Mondialisation…

 

 

Un tout petit Village.

 

La planète est devenue un tout petit village. Notre nourriture, nos vêtements, nos équipements, la musique que nous écoutons, les images que nous visionnons viennent des cinq continents et quand le Sénégalais Diouf réussit un dribble à Séoul, on l’admire à Toronto où un Pape polonais qui réside à Rome vient de délivrer en latin un message aussi universel que le dernier livre du Péruvien Vargas Llosa. Ce roman inspire, aux mots près, les mêmes réflexions aux intellos de New-York et à ceux du Quartier Latin. Harry Potter a autant de fans à Riga qu’à Buenaventura. Les accoutrements estivaux de la jeunesse sont identiques sur les plages d’Acapulco et d’Argelès-sur-Mer et le vingt-cinquième anniversaire de la mort d’Elvis Presley va réveiller autant de nostalgies en Ossétie qu’en Australie. Nos cœurs battent de plus en plus souvent au même rythme et nous ramons tous sur la même galère ; cette évidence pénètre les esprits les plus obtus, tant mieux ; la conscience de l’unité du destin de l’homme sonne à terme le glas des tyrans, parce que désormais tout se sait, partout, en temps réel.

Ne versons pas pour autant dans un optimisme béat. Il y a lieu de redouter les effets de la globalisation, quand un Messier ou un Ben Laden projettent leurs fantasmes, prométhéens ou nihilistes : ce village désormais planétaire, il va falloir apprendre à le gérer ensemble au lieu d’en confier le destin aux multinationales du fric ou du terrorisme. Il va falloir apprendre aussi à en devenir citoyens sans perdre nos ancrages. Le métissage des êtres et des idées nous enrichit tous ; le cosmopolitisme n’est qu’une caricature de l’universalisme, il décervelle sous couvert d’additionner. Plus une maison est solide, moins on risque son éboulement en ouvrant les portes et les fenêtres. Je me sens foncièrement catholique (l’âme), profondément français (la mémoire collective), farouchement corrézien (la poésie privée), résolument européen (la nécessité), largement occidental (la culture). Fort de cet héritage, aucune pulsion raciste ou xénophobe ne peut me tarauder, je ne suis pas tenté par le replie sur une base ethnique, géographique ou mythologique.

On est chez soi partout quand on possède son royaume intime. On peut nomadiser n’importe où quand on ne perd pas de vue ses phares dans la nuit des pires solitudes. On est porté à la tolérance quand on recèle en son for les valeurs qui la fondent.  Certains intellectuels dénoncent l’attachement aux racines, en quoi ils voient le risque d’une dérive identitaire. Ce mot – identité - leur fait peur, ils le diabolisent, ils veulent y voir un symptôme de pétainisme et même de fascisme. C’est idiot : le péril, dans un monde où les connections deviennent inextricables, ne viendra pas des patriotes mais des paumés en mal d’identité. Ou qui échoueront à assumer des identités trop floues pour ne pas être  contradictoires.

DENNIS TILLINAC : Ce qui reste des jours (La Dépêche 18 janvier 2004)

 

 

 

 

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